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CHAPITRE Tir

critique profane et sacrée, préparé Tavénement de la Réformation.

Jean Wessel Harmenszoon, surnommé Gansefort, né à Groningue (mort en 1489), fut élevé par les Frères de Zwolle qui, distinguant ses facultés précoces, se l'adjoignirent de bonne heure comme professeur de belleslettres. Delà, il se rendit à Cologne, à Heidelberg, et à Paris; où il acquit un telle renommée dans l'enseignement de la philosophie et de la théologie qu'il fut surnommé par ses disciples « Lux Mundi, » On rapporte même que Bouchai'd, évéque d'Avranches et recteur de l'Université de Paris, eut recours à ses lumières pour rendre à ce corps le lustre, que les controverses « barbares » entre réalistes et nominalistes avaient obscurci et presque éteint (1). Gansefort fut le maître d'Agricola et de Reuchlin et, par ses critiques contre la théorie de « Vopus operatum, » et contre le dogme du Purgatoire, il fraya la voie à Luther. Le grand Réformateur disait de lui : « Si j'avais lu plus tôt ses écrits, « mes ennemis pourraient croire que Luther a tout « puisé dans Wessel, tellement son esprit et le mien « sont d'accord (2) ! »

Rodolphe Agricola, néà Bafilen (près Groningue), (mc-t en 1485), compatriote et ami du précédent, reçut les premiers éléments de littérature ancienne au couvent de Mont-Sainte-Agnès, de Thomas à Kempis et de Jean Wessel ; et fut promu au grade de maître èfarts à l'école de Louvain. Après avoir étudié quelque

(1) Bulœus. Ouvr. cité, vol. V, p. 918.

(2) Ullmann. Ouvr. cité, vol. I, p. 37. Cf. « Farrago Wesseli » dans la préface.

GÉllAUD DE GROOTE.

temps à Paris, il entreprit avec deux de ses condisciples, Hermann Busch et Rodolphe Lange, le voyage • d'Italie, afin de voir les savants réfugiés de Gonstantinople et suivit à Ferrare les cours de grec de Théodore Gaza. Il devint à son tour un helléniste tellement éminent, que ses compatriotes le plaçaient audessus d'Isocrate et même de Platon, dont il avait traduit plusieurs ouvrages en allemand. Il en laissa d'originaux sur la dialectique et la rhétorique (1).

Mais par quel nom plus illustre pourrions-nous couronner ce Panthéon des élèves célèbres des Frères de la Vie commune, que par celui à' Erasme î Ce nom, qui à lui seul caractérise toute une période de la Renaissance, suffirait pour immortaliser leurs écoles. Il est vrai qu'à cette époque, les Frères avaient laissé bien dégénérer cette « piété lettrée » qui était l'âme même de Groote, et qu'ils étaient tombés dans la routine la plus étroite ; aussi le prince de la critique ne leur épargne pas les traits de sa mordante satire. Néanmoins, il se souvenait avec reconnaissance que * c'était à Deventer qu'il avait reçu la première teinture des Lettres, de ses camarades de jeux, élèves de Zyntheim, >» et il dit quelque part « qu'il rend un culte à la mémoire d'Hegius, * comme à celle d'un père (2) ! *

Dans la pensée de Gérard de Groote, que nous avons tâché de mettre en lumière, le savoir et la piété, loin de s'exclure, devaient se prêter un mutuel appui. Aussi

(1) A. Bossert. Ouvr, cité.

(2) « Ërasmi compeudiuin vilîB ab ipso scriptum (en tête des 31 livres de lettres d'Erasme). Cp. l'Épîtrc d'Érasme à Lambert Grunnius, secrétaire apostolique, p. 1,282), etErasmi Adagia Chil.cent. IV, n«39,

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