CHAPITRE IV
cette même dévotion éclairée et spiritualiste qui fit des Confréries de la vie commune comme autant de foyers de la renaissance des lettres au xv^ siècle, fit des couvents de chanoines réguliers de Windesheim les organes d'une véritable Réformation monastique et religieuse.
Depuis que le pape Boniface IX avait approuvé la constitution du Chapitre général de Windesheim, la plupart des couvents de chanoines réguliers de Saint- Augustin, au nord des Pays-Bas se rallièrent à son autorité (1395). Cet exemple fut bientôt suivi par ceux de la Flandre, sous les auspices de Pierre (TAilly, évoque de Cambrai qui avait déjà pris la défense des Frères au concile de Constance, et imposa la règle de Windesheim à tout son diocèse (depuis 1398) (1).
De Flandre, la renommée de cette règle, si efficace pour la réforme des couvents, s'était répandue jusqu'au centre de la France. Aussi, lorsque Nicolas de Hacqueville, président au parlement de Paris et chanoine de Notre-Dame, se plaignit du relâchement déplorable de la discipline chez les chanoines de Saint-Augustin, à Jean Staridonk, alors recteur de l'Université, celui-ci n'hésita pas à lui recommander ses compatriotes, les chanoines de Windesheim, comme seuls capables d'y porter remède. Peu de temps après, sur la demande écrite du président du parlement, et de l'évêque de Paris, arrivèrent dix chanoines du couvent de Mont-
(1) Manuscrit de La Haye. N» 352 (iu-folio). « Privilégia et statuta capituli generaiis Windesemensis. » On y trouve vingt brefs ou lettres, écrits par Pierre d'Ailly, en qualité de légat pontifical, pour recommander la réforme de Windesheim.
Saiiite-x\.gnès, sous la direction de Jean Momboir (Mauburnus, né à Bruxelles), qui se mirent aussitôt à l'œuvre à l'abbaye de Saint-Victor, fondée par Guillaume de Ghampeaux. Mais, comme ils étaient trop peu nombreux pour une telle entreprise et qu'ils rencontraient beaucoup de résistance de la part des chanoines dégénérés, ils choisirent un certain nombre de pauvres clercs du collège de Mont-Aigu, auxquels ils firent subir un temps d'épreuve jusqu'à l'ordination et qu'ils prirent alors pour auxiliaires. A l'aide de ces jeunes clercs, élevés dans les principes des Frères de la vie commune, et sous les auspices favorables d'Erasme qui habitait alors Paris, ces Pères de Mont- Sainte- Agnès réussirent à réformer les couvents de chanoines de Saint-Augustin à Paris, à Livry, à Orléans, à Meaux, à Meluii, à Nevers (1).
Tous ces couvents français, réformés suivant la règle de Windesheim, furent réunis, en 1515, sous l'autorité d'un Ghapitre général, auquel on donna le nom de chapitre de Saint-Victor, et qui subsista jusqu'en 1624(2). Quant à Jean Momboir, il avait succombé en 1503 aux fatigues de sa tâche réformatrice et aux atteintes du climat insalubre de Livry, où il résidait. Pour lui aussi le culte des lettres n'était pas incompatible avec la foi la plus austère; il avait composé un traité mystique intitulé « Rosetum exercitiorum » qui était fort goûté de
(1) Gallia christiana, vol. vu, p. 835, 840, 1744.
(2) C'est en 1627 que les Bénédictins formèrent la congrégation de Saint- Maur, qui reprit, pour ainsi dire, la tradition de Saint-Victor, réformée par les chanoines de Windesheim, et s'illustra par ses travaux d'érudition.