‹ Gérard de Groote [microform]Chapitre 6 sur 50 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

consacraient au soin des maladies contagieuses et à l'ensevelissement des morts (1).

Ils furent de bonne heure confondus avec les Beggards (de beggen, qui signifie en bas-allemand, mendier; comp. « to beg » en anglais), qui s'étaient constitués à Louvain, vers 1220, dans le même dessein.

Quant aux « Béguines » c'étaient des communautés de femmes, qui n'avaient de commun avec les Beggards que l'étymologie, mais avaient une toute autre destination. Vers la fin duxm siècle, à la suite de l'effrayante mortalité produite par les Croisades, une multitude de veuves et d'orphelins s'étaient trouvée sans ressources, sans abri ; et on les voyait parcourir les rues des villes, en haillons, et en criant : « Du pain î du pain î pour l'amour de Dieu ! » Afin de subvenir à tant de misère, et aussi de faire cesser les troubles auxquels donnaient lieu parfois ces troupes de faméliques, les échevins des villes ou de riches citoyens avaient réuni ces veuves où ces filles orphelines dans des asiles, appelés « Béguinages » où elles vivaient en commun, mais chacune ayant sa cellule à coucher. Elles faisaient vœu de chasteté et d'obéissance à une supérieure, élue par le suffrage universel, se consacraient au soin des malades en ville, et, dans la maison, se livraient aux travaux manuels des femmes, entremêlés de lectures et d'hymnes pieuses; elles mettaient en commun le prix de leur travail, mais conservaient la propriété de leur

(1) Voyez E. de Bonncchose : Les Réformateurs.,, (vol. I, p. 289). On donna, par extension, ce nom de « Lollards » aux pauvres prêtres, disciples de Wycicf qui, depuis le milieu du xrv» siècle, parcoururent la Grande- Bretagne en récitant des fragments de l'Ecriture traduits en anglais.

ui

petit avoir, si elles en possédaient avant d'entrer au béguinage ; et gardaient la liberté de quitter la communauté pour se marier (1).

Les deux traits communs à toutes ces associations semi-laïques et semi-monastiques, étaient de ne pas s'astreindre à des vœux perpétuels et à une réclusion absolue d'avec le monde; et surtout de se passer de l'intermédiaire du prêtre, pour se mettre en rapport direct avec Dieu par la prière et la contemplation. Mais, comme il y régnait une profonde ignorance des Écritures, la plupart des communautés de Lollards et de Beggards furent envahies par les doctrines des Franciscains « de la stricte observance » et des Frères du « Libre-Esprit >» qui professaient un panthéisme apocalyptique et antinomien, quelques-unes pourtant restèrent attachées à la foi orthodoxe.

Au-dessus de ces associations à demi-laïques, qui représentent le mysticisme populaire au moyen âge, s'élevèrent au xiv° siècle quatre éminents théologiens, qui donnèrent au mysticisme sa forme la plus sublime, mais sans pouvoir toujours éviter l'écueil du panthéisme. Tels furent, maître Eckhart (s. d. originaire de Saxe, mais fixé à Strasbourg, mort vers 1328), qui érigea en système métaphysique, en les atténuant, les doctrines panthéistes des frères du « Libre-Esprit * et fut à certains égards un précurseur de la philosophie hégélienne; Jean Tailler (de Strasbourg, de l'ordre de Saint- Dominique, mort en 1361), qui écrivit deux ouvrages remarquables sur « la vie et la Passion de Jésus-Christ

(1) Aug. JuiiUl : Histoire du panthéisme populaire au moyen âge et au XVI* siècle. Strasbourg, 1875, p. 47 et suiv.

Page 1