‹ Gérard de Groote [microform]Chapitre 9 sur 50 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Geneviève, était séparée du champ de bataille par la Seine et par les prés ou jardins des abbayes de Saint- Germain et de Saint-Victor. En outre, « l'Université des maîtres et des auditeurs, » (comme on disait alors), dont le nombre était souvent supérieur à celui des bourgeois, jouissait de grands privilèges accordés par les rois depuis Philippe-le-Bel, et constituait, en dehors de la commune de Paris, une sorte de République indépendante et autonome. Aussi, en dépit de ces troubles politiques, Gérard profita beaucoup des trois années qu'il étudia à Paris, surtout au collège fondé par Robert de Sorbon (1252) ; il y suivit, entr'autres, les cours de philosophie de Jean Buridan, disciple du célèbre nominaliste Guillaume d'Occam, dont le nom est resté attaché à un proverbe bien connu; et les lectures de théologie scolastique de Nicole Oréme, le savant évêque de Lisieux, et précepteur du dauphin Charles, qui, sur le vœu de son élève devenu roi, traduisit pour la première fois en français la « Morale » et la * Politique » d'Aristote (1). Mais Gérard avait une âme trop religieuse et trop avide de connaissances pour se contenter de stériles discussions scolastiques ou d'arides commentaires sur Aristote; il avait une soif ardente de vérités positives et universelles; il voulait tout lire et tout apprendre ; de là sa passion des vieux manuscrits qu'il achetait à grand prix, ou qu'il échangeait afin de les copier lui-même. (2) C'est ainsi qu'il

(1) Bulœus: Historia VniversUati^...; tome IV. — Appendix de Viris Illustribiis.

(2) V. le Manuscrit de La Haye. N° 154, folio 175 à 180. EpiHola mag. Gerardi ad Rodslpltum de Enter en.

étudia l'astronomie, encore confondue avec l'astrologie, et poursuivie par les sarcasmes d'Orême, et la médecine, qui était aussi mélangée de pratiques magiques et de nécromancie ; il en savait assez pour se soigner luimême, donner d'efficaces conseils à ses amis, et démasquer les charlatans (1) ; il paraît même qu'il possédait une collection de livres de magie et d'astrologie, à laquelle il tenait beaucoup. Mais son étude favorite était le Droit canonique, comme nous pouvons en juger par son « Sermo de focaristis » qui est tout parsemé de citations des Décrétales ; et nous savons par ses biographes, qu'il se livrait avec fureur aux « Disputaîions » (ou exercices de discussion publique, sur des thèses données, qui duraient quelquefois toute la journée) avec ses condisciples, dont plusieurs, entr'autres Henri Eger de Kalkar et Guillaume de Salvavarilla restèrent en relations plus intimes avec lui. Ce dernier, dans une lettre adressée au pape Urbain VI rend à Gérard deGroote ce témoignage « qu'il était versé dans les belles-lettres, les sciences naturelles et morales, ainsi qu'en théolologie » (2); et, il fallait qu'il eût laissé à la Sorbonne une bien grande réputation de savoir et de vertu, pour que trois cents ans après, l'historien de l'Université de Paris dît que, « l'étudiant Groote avait donné à ses camarades un merveilleux exemple par sa vie et par sa science » (3).

(1) Voyez le Manuscrit de La Haye, folio 143 à 144. Ep. ejusd^m contra Johanîiem Hei/den, qui se dicit medicum.

(2) Manuscrit de La Haye, fol. 139-140. Ep. Guilheîmi Salvavarillœ ad papam Urhanum VI. Cette lettre remarquable a été publiée intégralement pour la première fois par M. le D' Acquoy, dans son choix de lettres, enrichies de notes savantes, intitule : Gerardi inagni XIV Epistolœ. Amstelodamif 1857.

(3) Bulœus : Ouvrage cité, tome IV, p. 356.

Page 1