A MONSIEUR
Comme à l'existence ëteroelto llien ici-bas neduit \isei, Vous êtes prié d'excuser La triste mort d'une immortelle :
A Montrouge, lieu de son choix.
Repose noire Académie, Si l'on repose, toutefois, Quand on n'a rien fait de sa ne.
De Profundis.
Cependant elle se ranime peu à peu eu apprenant qu'on vient de trouver un remplaçant à Lemontey, et que ce remplaçant est l'abbé Féletz ; et, pour l'achever de guérir, le docteur Pariset la fait conduire — aux Incurables.
Ce n'est pas là une comédie proprement dite ; ce n'est pas là non plus une satire : Gérard de Nerval n'avait en lui ni le tempérament d'Archiloque, ni celui de Molière. Sa voie était ailleurs. Toutefois, un mot
restera de cette tentative, le verbe s'eiu/vcailler, et je connais beaucoup de çomçdies qui n'en pourraient pas dire autant, parce <pie, au lieu d'enrichir la langue, elles l'ont appauvrie — en la déshonorant.
A peu près à la même époque, Gérard faisait paraître sa belle traduction àuFaust, que Gœthe proclamait « un prodige de style. »
Avec un pareil brevet, signé d'une pareille main, on sort aisément de la foule. Gérard Labrunie venait de faire consacrer son nom de Gérard de Nerval, non pour le gros du public, mais pour cette fraction choisie qui accueille avec tant de joie et d'empressement les gloires nouvelles, — au risque de s'en repentir plus tard, quand l'une de ces gloires ne tient pas les promesses de son début.
Vers 4835, nous retrouvons Gérard de Nerval dans une vieille maison de la vieille rue du Doyenné, tout au fond de la vieille place du Louvre, à l'endroit où est aujourd'hui le pavillon Mollien. — 11 avait traduit Faust, il avait été appelé à collaborer au Mercure du bibliophile Jacob, en compagnie'd'Alexandie Dumas, de Jules Janin, de Théophile Gautier : c'est dire qu'il vivait en plein romantisme et en pleine bohème littér aire. — une bohème dorée, s'il
vous plaît, avec laquelle celle de Schauuard n'a que des rapports très-éloignés.
Cette vieille maison de la rue du Doyenné, voisine de l'hôtel célèbre où madame de Vivonne avait réuni tous les artistes et tous les beaux esprits de son temps, ils l'habitaient à neuf ou dix, peintres ou poètes: Célestin Nanteuil et Théophile Gautier , Lorentz et Arsène Houssaye, Edouard Ourliac et Camille Rogier, Alphonse Karr et Philippe Rousseau, Théodore Chassériau et Gérard de Nerval, Corot et Euyène de Stadler : des inconnus alors, des célébrités aujourd'hui, des oubliés peut-être demain. « Quels temps heureux ! On donnait des bals, des soupers, des fêtes costumées ; on jouait de vieilles comédies, où mademoiselle Plessy, étant encore débutante, ne dédaignait pas d'accepter un rôle, — celui de Béatrice dans Jodelet. »
C'est dans ce vieux salon du Doyenné, « restauré par les soins de tant de peintres, » et qui retentissait souvent des rimes
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calante.- d6 UBl dfi poët6V, dos vins joyeux ou des (biles chansons de lani deCydalises,
que Théophile Gautier composa ses Jeune France, et que Gérard de Nerval improvisa la Heine de Saba pour Jeunv Colon, une étoile de LOpéra-Comique à laquelle H avait trouvé une ressemblance étrange awr une jeune fille «lu Valois qu'il avait aimée quelques années auparavant.
I H soir, il était entré au théâtre où rayonnait son « étoile: » il avait été frappé de cette ressemblance extraordinaire, et, le lendemain et les jours suivants, il élait rcvi'im s.' îvjiailiv de cette chimère; c'était pour s'en rapprocher davantage qu'il avait songé à écrite, en collaboration avec Dumas, un opéra, la Même de Saba, dont Meycrbeer avait promis d'écrire la musique.
« La reine de Saba, c'était bien celle qui me préoccupait alors, et doublement. Le lanterne éclatant de la fille des Hémiarites tourmentait mes nuits sous les hautes colonnes de ce grand lit sculpté, acheté en
•iO GÉRARD DK NERVAL,
Touraine, el qui n'était pas encore garni de sa brocatelle rouge à ramages. Les Salamandres de François I" me versaient leur flamme du haut des corniches, où se jouaient des Amours imprudents. Elle réapparaissait radieuse, comme au jour où Salomon l'admira s'avançant vers lui dans les splendeurs pourprées du malin. Elle venait, me proposant l'éternelle énigme que le Sage ne put résoudre, et sesyeux, que la malice animait plus que l'amour, tempéraient seuls la majesté de son visage oriental. Qu'elle était belle ! Non pas plus belle cependant qu'une autre reine du matin dont l'image tourmentait mes journées. »
Malheureusement Dumas s'était brouillé avec Meyerbeer, — ou Meyerbeer avec Dumas, — et Gérard de Nerval en avait été pour ses frais d'imagination, dans lesquels il rentrait plus tard en faisant de son opéra une série de nouvelles orientales, les Nuits du Ramazan.
Et son autre Reine de Saba? Ne pouvant
s'en approcher, il avait songé à s'en éloigner. Le soir «lu jour où Meyerbeer ava'n rendu le librelto improvisé par lui, il était parti pour V Allemagne.
L'Allemagne, c'est Loin, l'Italie aussi; mais on en revient — surtout quand on est sollieité à revenir par l'inextinguible désir de se repaître de la vue de sa chimère, au risque d'en mourir.
Les voyages n'avaient fait que mûrir la passion de Gérard au lieu de l'étouffer : le serpent qu'il croyait mort se remuait avec plus d'énergie dans son sein et le mordait plus cruellement que par le passé.
C'est alors que, pour échapper aux obsessions de cet amour charmant et funeste, dont il souffrait et dont il était heureux de souffrir, il sortit une nuit de son lit solitaire et se rendit tout d'une traite à la Fête du bouquet provincial de Loisy, dans le Valois, — le pays natal de son cœur. « Demain, les archers de Senlis doivent rendre le bouquet à ceux de Loisy. » Cette simple