‹ Gérard de NervalChapitre 5 sur 16 · ARD D · texte numérisé non relu

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phrase, lue quelques heures auparavant, à la quatrième page d'un journal du Cercle où il passait quelquefois la soirée, cette simple phrase avait réveillé en lui une nichée de souvenirs printaniers, qui s'étaient mis à gazouiller comme une nichée de rossignols. « C'était un souvenir de la province depuis longtemps oubliée, un écho lointain des (êtes naïves de la jeunesse. Le cor et le tambour résonnaient au loin dans les hameaux etdans les bois; les jeunes filles tressaient des guirlandes et assortissaient, en chantant, des bouquets ornés de rubans. Un lourd chariot, traîné par des bœufs , recevait ces présents sur son passage, et les enfants de ces contrées formaient le cortège avec leurs arcs et leurs flèches, se décorant du litre de chevaliers,— sans savoir alorsqu'ils ne faisaient que lépéter d'âge en âge une fête druidique, survivant aux monarchies et aux religions nouvelles. » Gérard, en se rappelant le cadre, s'était mis aussi à se souvenir de quelques portraits.

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D'Adriennad'abord, « une blonde, grand.et belle, » qui faisait partie de la théorie de jeunes tilles qui dansaient en rond sur la pelQUSfi d'un château du temps dr Henri IV, en chantant de vieux airs transmis par leurs mères, « et d'un français si naturellement pur, que l'un se sentait bien exister dans ce vieux pays du Valois où, pendant plus de mille ans, a battu le cœur de la France. » Gérard était le seul garçon de cette ronde féminine: « Tout d'un coup, suivant les règles de la danse, Adrienne k trouva placée seule avec moi au milieu du cercle. Nos tailles étaient pareilles. On nous dit de nous embrasser, et la danse et le chœur tournaient plus vivement que jamais. En lui donnant ce baiser, je ne pus m 'empêcher de lui presser la main. Les longs anneaux roulés de ses cheveux d'or effleuraient mes joues. De ce moment, un trouble inconnu s'empara de moi. La belle devait chanter pour avoir le droit de rentrer dans la danse. On s'assit autour d'elle, et aussi-

tôt, d'une voix fraîche et pénétrante, légèrement voilée, comme celle des filles de ce pays brumeux,, elle chanta une de ces anciennes romances pleines de mélancolie et (l'amour, qui racontent toujours les malheurs d'une princesse enfermée dans sa tour par la volonté d'un père qui la punit d'avoir aimé. La mélodie se terminait à chaque stance par ces trilles chevrotants qui font valoir si bien les voix jeunes, quand elles imitent par un frisson modulé la voix tremblante des aïeules. — A mesure qu'elle chantait, l'ombre descendait des grands arbres, et le clair de lune naissant tombait sur elle seule, isolée de notre cercle attentif. Elle se tut, et personne n'osa rompre le silence. La pelouse était couverte de faibles vapeurs condensées, qui déroulaient leurs blancs flocons sur les pointes des herbes. Nous pensions être en paradis. — Je me levai enfin, courant au parterre du château, où se trouvaient des lauriers, plantés dans de grands vases de faïence peints en ca-

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maieu. Je rapportai deux branches, qui lurent tressées en couronne et nouées d'un ruban. Je posai sur la tête d'Âdrienne cet ornement, dont les feuilles lustrées éclataient sur ses cheveux blonds aux rayons pâles de la lune. Elle ressemblait à la Béatrice de Dante qui sourit au poëte errant sur la lisière des saintes demeures... »

Puis était venu le tour de Sylvie, une petite fille qui était devenue une bien jolie tille, — la plus belle de Loisy. Tout en cheminant cette nuit-là pour se rendre à la Fêle du bouquet provincial, il se rappelait l'enivrante journée qu'il avait passée avec elle trois ans auparavant. Cette fois, tomme Adrienne était entrée au couvent, son cœur, un instant sollicité de ce côté, avait tourné son aiguille vers son premier aimant, qui était Sylvie, la première compagne d'enfance. « Ce n'était plus celte petite fille de village que j'avais dédaignée pour une plus grande et plus faite aux grâces du monde. Tout en elle avait gagné :

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