‹ Gérard de NervalChapitre 7 sur 16 · R A RD D E N K R V A L · texte numérisé non relu

R A RD D E N K R V A L

grafe sa robe d'indienne et 1.» Iai>^c tombée a ses pieds. La robe de taffetas Qambé de Li vieille t;niie s'ajuste parfaitement sur sa taille mince ; elle prie Gérard de l'agrafer. — « Oh! les manches plates! » s'éerie-telle, comme honteuse de revêtir un costume si rococo. « Et cependant les jabots garnis de dentelles découvraient admirablement ses bras nus, sa gorge s'encadrait dans le pur corsage aux tulles jaunis, aux rubans passés, qui n'avait serré que bien peu les charmes évanouis de la tante. — « Mais tinissez-en, vous ne savez donc pas agrafer une robe? disait Sylvie. Elle avait l'air de Y Accordée du village de Grcuze. — Il faudrait de la poudre. — Nous allons en trouver. » Sylvie, qui ne doute de rien, depuis qu'elle voit combien lui va ce costume de l'ancien temps, furète de nouveau dans les tiroirs, qu'elle bouleverse de fond en comble. Il y a de tout, excepté ce qu'elle cherche : deux évantails de nacre un peu cassés, des boîtes de pâtes à sujets chinois^

un collier d'ambre et mille fanfreluches, parmi lesquelles deux petits souliers de droguet blanc avec des boucles incrustées de diamants d'Irlande. — Oh! je veux les mettre, dit Sylvie, si je trouve les bas brodés! »

Les bas de soie rose tendre à coins verts sont trouvés. Au même moment, la voix de la tante, à laquelle se mêlent les crépitements delà poêle, se fait entendre, et fait sortir nos deux enfants de leur rêve xvm<? siècle. — ■ « Descendez vite ! » dit Sylvie. Quoi que Gérard puisse dire, elle ne lui permet pas de l'aider à se chausser. — « Habillezvous vite ! » reprend-elle, en montrant à Gérard les habits de noces du garde-chasse étalés sur la commode. Et, en un instant, Gérard se transforme en marié de l'autre siècle. Sylvie l'attend sur l'escalier : ils descendent tous deux en se tenant par la main. « La tante poussa un cri en se retournant. — Ornes enfants! dit-elle, et elle se mit à pleurer, puis sourit a travers ses

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larmes. C'était l'image de sa jeunesse, — cruelle et charmante apparition ! Nous nous assîmes auprès d'elle, attendris et presque graves, puis la gaieté nous revint bientôt, car, le premier moment passé, la bonne vieille ne songea plus qu'à se rappeler les Bâtes pompeuses de sa noce. Elle retrouva même dans sa mémoire les chants alternés, d'usage alors, qui se répondaient d'un bout à l'autre de la table nuptiale, et le naïf épilhalame qui accompagnait les mariés rentrant après la danse. Nous répétions ces strophes si simplement rhythmées, avec, les hiatus et les assonances du temps, amour reuses et fleuries comme le cantique de l'Ecclésiaste : nous étions l'époux et l'épjouse pour tout un beau matin d'été, »

N'est-ce pas une douce et ravissante histoire , moite des chastes senteurs des premières amours, que celle de ces deux adolescents mariés « pour un beau matin d'été? » Et le cœur ne saute-t-il et ne tressaute- t-il pas à la lecture de ces Confidences pénétrées de tendresse et parfumées d'honnêteté?

Ce devait être l'œuvre bien-aimée de Gérard de Nerval, ce chef-d'œuvre de style, de grâce, de poésie et de sentiment, qu'il a

intitulé Sylvie. On le voit marcher, en bouriani doucement , dans ce rêve étoile de sa jeunesse, dans ces sentiers fleuris de ses souvenirs; un Le suit, entraîné par Le charme, à travers Les méandres capricieux de son esprit et les enjambées insensées de son cœur. 11 semble que vous ayez couru , à sa place, le long de la Thève, et cueilli, pour la tante, les touffes de digitale pourprée ; ce n'est plus lui, c'est vous qui avez senti contre votre poitrine l'impression tiède du bras de Sylvie; c'est avec vous qu'elle est montée dans la chambre , c'est devant vous qu'elle a fait tomber son humble robe d'indienne pour revêtir la coquette robe de taffetas flambé; c'est avec vous, habillé en garde-chasse île la maison de Coudé, qu'elle a descendu l'escalier de bois et sesl présentée inopinément devant la pauvre bonne vieille femme dont vous avez noté l'accent quand elle a murmuré à travers ses larmes el M>n sourire : « 0 mes enfants! »

Kt maintenant, faut-il tourner le demie.

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feuillet de cette histoire amoureuse, raconter le dénoùment de cette fraîche idylle dont la musique est si délicate et si suave? Quand l'amoureux d'autrefois, à qui on avait promis tant de choses, revient pour prendre la place qu'il avait retenue dans le cœur de l'amoureuse, qui a oublié tant de choses, celte place est prise, — on ne le reconnaît presque plus. Il est vrai qu'il est bien vieilli, bien changé depuis deux ans; mais Sylvie, qui est restée jeune, fraîche et jolie, est encore plus changée que lui...

(Quoiqu'il fût parti en poste, Gérard arrivait trop lard : la paysanne allait le ren- \i.\( r à la comédienne.

Nous l'avons laissé dans son lit solitaire, — non pas le lit sculpté dans lequel avait couché Marguerite de Valois et qu'il destinait à une autre princesse, la Reine de Saba, — mais sur un lit quelconque, improvisé en quelque coin du vieux salon du. Doyenné. 11 avait voulu fuir le présent en se réfugiant dans le passé, et avait quille

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