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l'.u i-, ;t une Ikimt du mat in , pour se rendre ;t L<>isv, (»ii il était arrivé « à celle heure mélancolique et douce «ncore OÙ les lu-
mières pAtecnt ei tremblent au\ approches du ,j""ir. Les tilleuls, assombris par en bas, prenaient a leurs cimes une teinte bleuâtre. La llùte champêtre lie luttait plus si vivement :ivee Les trilles du roacig— 1. Tout le monde ét;iil pâle, et dans les groupes dégarnis il eut peine à rencontrer des figures connues. » Rotin il aperçut une amie de Sylvie,* lagrande Lise. » Elle l'embrassa. « — 11 va longtemps qu'on ne l'a vu, Parisien! dit-elle. — Oh! oui, longtemps. — Et tu arrives à cette heure-ci ? — Par la poste. — Et pas trop vite! — Je voulais voir Sylvie : est-elle encore au bal'/ — Elle ne sort qu'au matin; elle aime tant à danser... »
La grande Lise conduisit Gérard ver.-^ S\l\ie, qui n'était pas seule. « Un jeune homme se tenait près d'elle. Elle lui fit rigne qu'elfe renonçait à la contredanse suivante. 11 se retira en saluant. »
Mais je laisse parler Gérard, qui a rendu la besogne si agréable à ses biographes en prenant la peine de se raconter lui-même tout en racontant pour les autres :
« Le jour commençait à se faire. Nous sortîmes du bal, nous tenant par la main. Les fleurs de la chevelure de Sylvie se penchaient dans ses cheveux, dénoués ; le bouquet de son corsage s'effeuillait aussi sur les dentelles fripées, savant ouvrage de sa main. Je lui offris de l'accompagner chez elle. Il faisait grand jour, mais le temps était sombre. La Thève bruissait à notre gauche, laissant à ses coudes des remous d'eau stagnante où s'épanouissaient les nénuphars jaunes et blancs, où éclatait comme des pâquerettes la frêle broderie des étoiles d'eau. Les plaines étaient couvertes de javelles et de meules de foin, dont l'odeur me portait à la tête sans m'enivrer, comme faisait autrefois la fraîche senteur des bots et des halliers d'épines fleuries.
« Nous n'eûmes pas Vidée de les traverser
de nouveau. — Sylvie, lui dis-je, vous ne m'aimez plu>! — Elle soupira. — Mon ami, me dit-elle, il faut s»' faire une raison; les choses ne font pas comme nous voulons dans la \ie. Voos m'avez parle autrefois de Il \ nivelle llcltt'isr, je l'ai lue, et j'ai frémi en tombant d'abord sur cette phrase: « Toute jeune fille qui lira ce livre est perdue. *> Cependant j'ai passé outre, me liant sur ma raison. Vous souvenez-vous du jour où nous ayons revêtu les habits de noces de la tente? .. Les gravures du livre présentaient aussi les amoureux sous de vieux costumes du temps passé, de sorte que pour moi vous étiez Saint- Preux, et je me retrouvais dans Julie. Ah! que n'ètes-vous revenu alors: Mais vous étiez, disait-on, en Italie. Vous en avez vu là de bien plus jolies que moi ! — Aucune, Sylvie, qui ait votre regard et les traits purs de votre visage. Vous êtes une nymphe antique qui vous ignorez. D'ailleurs les bois de cette contrée sont aussi beaux que ceux de la campagne romaine. Il
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y a là des masses de granit non moins sublimes, et une cascade qui tombe du haut des rochers comme celle de Terni. Je n'ai rien vu là-bas que je puisse regretter ici. — Et à Paris? dit-elle. — A Paris...
« Je secouai la tète sans répondre. Tout a coup je pensai ii l'image vaine qui m'avait égaré si longtemps. — Sylvie, d'œ-je, arrêtons-nous ici, le voulez-vous?
« Je me jetai à ses pieds; je confessai en pleurant à chaudes larmes mes irrésolutions, mes caprices; j'évoquai le spectre funeste qui traversait ma vie. — Sauvez-moi! ajoutai-je, je reviens à vous pour toujours.
«Elle tourna vers moi ses regards attendris... En ce moment, notre entrelien fut interrompu par de violents éclats de rire. C'était le frère de Sylvie qui nous rejoignait avec cette bonne gaieté rustique, suite obligée d'une nuit de fêle, que des rafraîchissements nombreux avaient développée outre mesure. Il appelait le galant du bal, perdu au loin dans les buissons d'épines et qui ne
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larda pas ;• nous i vjniiidre. Ce garçon n'éi;iit guère plus solide sur >cs pieds «pie son f(Mii|i;i-n(in ; il paraferait plus embarrassé
G île la présence «l'un Parisien que de celledeS\l\ie Sa figure Candide, sa déférence mêlée d'embarras , m'empêchaient de lui en vouloir d'avoir été le danseur pour lequel on «lait resté si tard à la fête. Je le jugeais peu dangereux. — Il faut rentrer à la maison, dit Sylvie à son frère. A tantôt! me dit-elle en me tendant la joue.
« L'amoureux ne s'oll'ensa pas. »
.le le crois bien! C'eût été au contraire à Gérard de s'oll'enser, lui qui se rappelait le temps où Sylvie ne dansait jamais qu'avec lui, une l'ois par an, à la fête de Tare.— le temps où, tout en allant boire du lait avec lui à la ferme suisse d'Ermenonville, pieds nus , peau hâlée , mais ravissante ainsi dans sa grâce sauvage, elle lui disait coquettement : « Qu'elle est jolie, ton amoureuse, petit Parisien! » Jolie, oui, — mais plus oublieuse encore.
Gérard, qui n'avait pas envie de dormir, — car il y avait un pli au lit de roses de ses souvenirs, — s'en alla à Monlagny revoir la maison de son oncle, mort, et où tout était mort comme lui, excepté le perroquet familier qui lui demanda à déjeuner comme en ses plus beaux jours, et le regarda « de cet œil rond, bordé d'une peau chargée de rides, qui fait penser au regard expérimenté des vieillards. »
De la maison de son oncle, d'où le chassait ce perroquet gourmand et bavard, Gérard s'en alla à Ermenonville, pour distraire son cœur autant que son esprit, tous deux attristés. Il visita de nouveau le Désert, puis le Temple de la philosophie, puis le troëne de Virgile, puis les peupliers de l'île, et la tombe de Rousseau, veuve de sa cendre; puis il reprit la route de Loisy.
« Tout le monde était réveillé. Sylvie avait une toilette de demoiselle, presque dans le goût de la ville. Elle me fit monter à sa chambre avec toute l'incénuité d'autre-
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fois. Son œil étincelait toujours dans un sourire plein de charme, mais l'arc prononcé de ses sourcils lui donnait par instants un air sérieux. La chambre était décorée avec simplicité; pourtant les meubles étaient modernes; une glace à bordure dorée avait remplacé l'antique trumeau où se voyait un berger d'idylle ollrant un nid à une bergère bleue et rose. Le lit à colonnes, chastement drapé de vieille perse à ramages était remplacé par une couchette de noyer garnie du rideau à flèche; à la fenêtre, dans la cage où jadis étaient les fauvettes, il y avait des canaris. J'étais pressé de sortir de cette chambre où je ne trouvais lien du passé. — Vous ne travaillerez point à votre dentelle aujourd'hui?... dis-je à Sylvie. — Oh! je ne fais plus de dentelle, on n'en demande plus dans le pays; même à Chantilly, la fabrique est fermée. — Que faites-vous donc? — Elle alla chercher dans un coin de la chambre un instrument en fer qui ressemblait à une longue pince.
— Uu'est-ce que c'est que cela? — C'est ce qu'on appelle la mécanique; o'est pour maintenir la peau des gants afin de les coudre. — Ah! vous êtes gantière, Sylyie? — Oui, nous travaillons ici pour Dammartin, cela donne beaucoup dans ce moment; mais je ne fais rien aujourd'hui ; allons où vous voudrez. — Je tournai les yeux vers la route d'Othys : elle secoua la tête; je compris que la vieille tante n'existait plus. Sylvie appela un petit garçon et lui fit seller un âne. — Je suis encore fatiguée d'hier, ditelle, mais la promenade me fera du bien : allons à Châalis. Et nous voilà traversant la forêt, suivis du petit garçon armé d'une branche. Bientôt Sylvie voulut s'arrêter, et je l'embrassai en l'engageant à s'asseoir. La conversation entre nous ne pouvait plus être bien intime. 11 fallut lui raconter ma vie à Paris, mes voyages... —Comment peut-on, aller si loin? dit-elle. — Je m'en étonne en vous revoyant- — Oh! cela se dit! — Et convenez que vous étiez moins jolie
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autrdi.is. — Je n'eu sais rien. — Vous souvciic/. vous <lu temps où iiou> «'l'unis enfants et \ons l;i plus grande? — EU vous le plus sage! — OhJ Sslvie! —On QOJM niellait sur
l'ànr chacun dans un panier. — Ki nous m nous disions pas vous... Te rappelles-tu que
tu m'apprenais à pêcher «les oere\isscssous les ponts de la Thève et de la Nonette? — Et toi, te souviens-tu do ton frère de lait qui t'a un jour relire de l'/cau/ — Le grand lnst;! l/esl lui qui m'avait dit qulon pouvait la passer... Vieau ! »
Hélas! ce tutoiement délicieux, qui semble un baiser, n'avait plus pour eux la même saveur qu'autrefois; leurs lèvres l'avaient désappris. — leurs lèvres et leurs cœurs. Us se sentaient gênés mutuellement, — elle, parce qu'elle avait, remplacé son petit Parisien par un grand campagnard, comme elle avait remplacé son rustique lit à colonnes par une prétentieuse couchette de Parisienne ,-— lui, parce qu'il devinait au. fur et à mesure chacun des changements-
apportés en deux ans au mobilier de l'âme de Sylvie. Cependant, à un moment où elle venait de s'attendrir plus franchement en chantant, sans phraser cette fois, une chanson du temps jadis,
A Daminartin l'y a trois belles filles. . .
Gérard allait tomber à ses pieds et lui offrir
— non pas son cœur, elle l'avait toujours
— sa main et la maison de son oncle, où ils auraient coulé leurs jours en paix, liés jusqu'à la fin de leur vie mortelle par le fil d'or de l'amour : il se retint. Ah! pourquoi ne parla-t-il pas à ce moment ! il était encore temps de ressaisir ce bonheur calme après lequel il courait et qu'il sentait lui échapper ; plus tard il allait être trop tard.
Il se retint, et accompagna Sylvie à Loisy où on les attendait pour souper.
« La soupe à l'oignon répandait au loin son parfum patriarcal. Il y avait des voisins invités pour ce lendemain de fête. Je
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reconnus tout de suite un vieux bûcheron, le père Dodu, qui racontait jadis aux veillées des histoires si comiques ou si terribles. Tour à tour berger, messager, garde-chasse, pécheur, braconnier même, lé père Dodu fabriquai! a Bes moments perdus dos coucous et des tourne-broches. Pendant longtemps, il s'était consacré à promener les Anglais dans Ermenonville, en les conduisant aux lieux do méditation de Rousseau et en leur racontant ses derniers moments. C'était lui qui avait été le petit garçon que le philosophe employait à classer ses herbes, et à qui il donna l'ordre de cueillir les ciguës dont il exprima le suc dans sa lasse de calé au lait. L'aubergiste do la Croix d'Or lui contestait ce détail ; de là des haines prolongées. On avait longtemps reproché au père Dodu la possession de quelques secrets bien innocents, comme de guérir les vaches avec un verset dit à rebours et le signe de croix ligure du pied gauche ; mais il avait de bonne heure renoncé à ces superstitions, — grâce
an souvenir, disait-il , des conversations de Jean-Jacques.
« — Te voilà! petit Parisien, me dit le père Dodu. Tu viens pour débaucher nos tilles? — Moi, père Dodu? — Tu les emmènes dans les bois pendant que le loup n'y est pas ? — Père Dodu, c'est vous qui êtes le loup. — Je l'ai été tant que j'ai trouvé des brebis ; à présent je ne rencontre plus que des chèvres, et qu'elles savent bien se défendre ! Mais vous autres, vous êtes des malins à Paris. Jean-Jacques avait bien raison de dire : « L'homme se corrompt dans l'air empoisonné des villes. » — Père Dodu, vous savez trop bien que l'homme se corrompt partout.
« Le père Dodu se mit à entonner un air a boire; on voulut en vain l'arrêter à un certain couplet scabreux que tout le monde savait par cœur. Sylvie ne voulut pas chanter, malgré nos prières, disant qu'on ne chantait plus à table. J'avais remarqué déjà que l'amoureux de la veille était assis à sa