‹ Gerard De NervalChapitre 179 sur 319 · PEN · texte numérisé non relu

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cintre, avaient tous la même disposition : une grande pièce qui servait de magasin et un petit cabinet parqueté en ‘ere où chacun pouvait placer son lit. De plus, le locataire avait le droit de mettre un chameau ou un cheval aux écuries communes.

N'ayant ni monture, ni marchandises, je devais nécessairement passer pour un commerçant qui avait tout vendu déjà, et qui venait dans l’intention de refaire sa pacotille. L’Arménien était en relation d’affaires avec des marchands de Mossoul et de Bassora, auxquels il me présenta. Nous fimes venir des pipes et du café, et nous leur exposâmes l'affaire. Ils ne virent aucun inconvénient à me recevoir parmi eux, pourvu que je prisse leur costume. Mais comme J'en avais déjà plusieurs parties, notamment un wachlah en poil de chameau, qui m'avait servi en Égypte et en Syrie, il ne me fallait plus qu’un bonnet d’Astracan pointu à la persane, que l’Arménien me procura.

Plusieurs de ces Persans parlaient la langue franque du Levant, dans laquelle on finit toujours par s'entendre, pour peu qu’on ait vécu dans les villes commerçantes. De sorte que je pus facilement lier amitié avec mes voisins. J'étais vivement recommandé à tous ceux qui habitaient la même galerie, et je n’avais à m’inquiéter que de leur trop grand empressement à me faire fête et à m’accompagner partout. Chaque étage du khan avait son cuisinier, qui était en même temps cafetier, de sorte que nous pouvions parfaitement nous passer des relations extérieures. Cependant, quand venait le soir, les Persans qui, comme les Turcs, avaient dormi toute la journée pour pouvoir fêter ensuite chaque nuit du Ramazan, m’emmenaient avec eux voir la fête continuelle qui devait durer trente lunes.

Si la ville était illuminée splendidement, pour qui la regardait des hauteurs de Péra, ses rues intérieures me parurent encore plus éclatantes. Toutes les boutiques ouvertes, ornées de guirlandes et de vases de fleurs, radieuses à l’intérieur de glaces et de bougies, les marchandises artistement parées, les lanternes de couleur suspendues au dehors, les peintures et les dorures rafraichies, les pâtissiers surtout, les confiseurs, les marchands de jouets d’enfants et les bijoutiers étalant toutes leurs

richesses, voilà ce qui, partout, éblouissait les yeux. Les rues étaient pleines de femmes et d’enfants plus encore que d’hommes, car ces derniers passaient la plus

grande partie du temps dans les mosquées et dans les cafés.

Il ne faut pas croire même que les cabarets fussent fermés; une fête turque est pour tout le monde; les rzyas catholiques, grecs, arméniens ou juifs pouvaient seuls fréquenter ces établissements. La porte extérieure doit être toujours fermée, mais on la pousse, et l’on peut ensuite s’abreuver d’un bon verre de vin de Ténédos moyennant dix paras (cinq centimes) 2.

Partout des frituriers, des marchands de fruits ou d’épis de maïs bouillis, avec lesquels un homme peut se nourrir tout un jour pour dix paras; — ainsi que des vendeurs de baklavas, sortes de galettes très imprégnées de beurre et de sucre, dont les femmes surtout sont friandes. La place du Sérasquier est la plus brillante de toutes. Ouverte en triangle, avec les illuminations de deux mosquées à droite et à gauche, et dans le fond celle des bâtiments de la guerre, elle présente un large espace aux cavalcades et aux divers cortèges qui la traversent. Un grand nombre d’étalages de marchands ambulants garnissent le devant des maisons, et une dizaine de cafés font assaut d’annonces diverses de spectacles, de baladins et d’ombres chinoises 1 b.

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