XVI INTRODUCTION
soit au total, dans bien des cas, singulièrement lucide. I] réagit à la crise de 1841 et à ses séquelles d'une manière parfaitement saine, en confiant à un important travail littéraire le soin d'assurer
sa guérison mentale, et en cherchant à 5e faire dans la société
ume place conforme à ses goûts et à son tempérament. Ainsi s'explique l'ambition littéraire qui est à l’origine de son voyage et qu’il ne perdra de vue à aucun moment : au Caire, il fréquentera les bibliothèques et recherchera la compagnie de ceux qui peuvent l'instruire, Gautier d'Arc ou le docteur Perron. A Constantinople, il se comportera de même, et il est clair que, pour lui, ce voyage est une affaire sérieuse, comme le sera, dans les années suivantes, la préparation de son livre.
Ainsi sa participation à l’orientalisme romantique ne relève seulement ni de la mode, ni du dilettantisme, ni de la fantaisie. Si se font jour ici des qualités exceptionnelles de conteur pitioresque, ce n’est pas que Gérard veuille seulement suivre le mouvement, c'est aussi qu'il veut, de ce mouvement de la mode, recevoir une confirmation de sa propre vocation d'écrivain ; et l’ambifion
qu'il conçoit, il sait qu'il porte en lui de quoi la satisfaire : il lui
faut s'en administrer la preuve à lui-même ef aux autres.
A ce Voyage en Orient, nous devons donc, littéralement, la survie de Gérard de Nerval : il veut tout de Suite mettre à profit le sursis accordé par la mort, ef ce livre fait aimer son auteur en rendant un son que l’on n'entend nulle part ailleurs dans la lifférature orientaliste de l'époque romantique, car Gérard écrit un chefd'œuvre avec ce que le Romantisme nous a cependant laissé de plus caduc. C'est que le Noyage en Orient, s’# assume la mode romantique du pittoresque, il la transcende aussi par le rêve et la poésie. Ef là sans doute est la signification profonde de ce rythme caractéristique du livre, qui insère, dans la continuité du récit descriptif, de Cythère à Constantinople, en passant par l'Égypte et la Syrie, la ponctuation poétique des histoires : Francesco Colonna, les Pyramides, Salèma, Hakem, et enfin, comme pour couronner ce parcours par une sorte de chef-d'œuvre, Soliman, Baikis et Adoniram. Ef ainsi, au-delà de l’exotisme pittoresque du voyage romantique, Gérard poursuit l’accomplssement de sa vocation : avec l’histoire de Hakem et celle d’ Adoniram, il devient un maître de la nouvelle poétique, de ce genre pour lequel il était fait, comme en témoigne aussi Sy\vie, ef qui