‹ Gerard De NervalChapitre 20 sur 319 · SIGNIFICATION DU VOYAGE EN ORIENT XVII · texte numérisé non relu

SIGNIFICATION DU VOYAGE EN ORIENT XVII

fient à la fois du roman, du conte, du poème et de l’autobiographie. Mais cette réussite littéraire a des racines profondes dans la personnalité de Gérard, et il ne suffit plus, pour la comprendre, d'évoquer le climat des années romantiques ; il faut encore inter-

” roger la destinée du conteur-poète et tächer de découvrir quelques-uns de ses secrets.

À la recherche de la patrie perdue.

…—. Si la plupart des romantiques demandent à l'Orient le dépaysement, Gérard, lui, part à la recherche de sa patrie imaginaire : Le cri d’Aurélia #e peut avoir un autre sens. Ef, paradoxalement, c'est en se décrivant à lui-même sa patrie que Gérard espère, faisant d'une pierre deux coups, dépayser son lecteur ! Les histoires en effet, ef bien d'autres passages du Voyage, obéissent à ce double mobile, dont la conjonction est typiquement nervalienne, car, pour Gérard, il s'agit souvent de résoudre en littérature la discordance de son âme et de son temps, qui subsiste pathétiquement au-delà des accords apparents. À ce contrepoint, le livre doit sa vibration particulière, son unique résonance, du moins ce

- gaine cesse de ravir le cœur de ceux qui s’y sont une fois aftachés.

Ce genre de l'histoire, avec tout ce qu'il implique de secrets

et d'aveux cachés sous des symboles mythologiques, obéit d'ailleurs,

. fout au long du livre, à une genèse progressive qui tend à le dégager peu à peu du récit pittoresque et actuel. Dans la mesure où le Voyage a été ainsi volontairement composé par son auteur, on pourrait même Être tenté de chercher dans cefte composition rythmique et progressive comme une clef du livre tout entier. C’est un

. fait en tout cas que le genre fait son apparition, implicitement, dès l’Introduction, au cours de laquelle Gérard emprunte une

… maîtresse à son ami Alexandre Weill et idéalise une autre femme pour animer son récit de l’histoire de Kathy et de V'habby,

où l’on retrouve la quête nervalienne de l'éternel féminin; mais les personnages sont encore à mi-chemin entre le réel et le mythe, et le se reflète la continuité du réalisme et du rêve. I] en sera de même en Égpte, où l’histoire de l’esclave jaune Zeynab résulte du même mécanisme ; car c’est le compagnon de voyage de Gérard, Fonfrède, qui avait acheté une esclave (à propos de quoi Gérard, dans une leftre à Gautier, accuse Fonfrède de muñflerie). Gérard

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