XVIII INTRODUCTION
emprunte, si l'on ose dire, cette femme, et sa présence lui est une. occasion d'introduire dans son récit, en même temps que la Saveur
d'un rêve déçu, une sorte de picaresque humoristique, dont on retrouvera la nuance plus tard dans la métamorphose burlesque de Salomon. Mais ici l'humour laisse quelques fenêtres ouvertes sur un
auire mystère et ce n'est sans doufe Das sans quelque raison que, |
par l'entremise de Zeynab, Gérard entre en contact, dans le cadre pittoresque d'une maison d'éducation marseillaise et levantine, avec la première messagère de sa patrie perdue, la blonde Salèma,
qui est aussi une dame spirituelle (ef l’on n'oubliera pas non | plus l’image du couple Zeynab-Salèma : comme dans Sylvie, la |
brune et la blonde).
À son tour, Salèma, engagée dans le réel et dans le présent, mais | déjà plus qu'à demi imaginaire et créature de rêve, sert à Gérard. d’intermédiaire initiatrice, et, par là, elle coïncide avec la vocation | essentielle de la Femme. Le moment est venu de franchir le seuil | du passé, du mythe et des symboles ; telle sera la fonction de ce qu'on pourrait appeler le voyage druse : la prison du cheik est-elle par |
basard le lieu où prend son origine l'initiation de Gérard, comme la pension de Mme Carkès avait été le lieu de la rencontre de Salèma, comme un asile d'aliénés sera le lien de la révélation de Hakem ?
Le voyage et les fiançailles druses sont en tout cas le préambule de la première histoire qui porte ce nom, parce qu'elle est la première qui soit vraiment plus de l'ordre du mythe que de l’ordre du récit, la première où le pittoresque, parce qu'il est pittoresque du passé, acquiert une profondeur poétique refusée au réalisme, la Première aussi où le rêve se compose avec le mythe pour confondre le poète avec son double et réaliser la coïncidence des images. Hf dans l'histoire de Hakem, où se rencontre même l'expérience de la folie, Gérard écrit un premier exemplaire de sa propre légende : n'y voit-on pas en effet paraître la Femme-Sœur, Dame du Royaume, le double-ferouer, la nostalgie royale, impériale et divine, cela dans un climat de syncrétisme religieux et d’extase onirique qui accompagne aussi les mêmes thèmes dans Les Filles. du Feu, Les Chimères, e/ Aurélia ? Déjà, lors de son escale imaginaire à Cythère, Gérard avait amorcé, pour les mêmes raisons, une identification analogue à Polyphile et Polia, les héros de Francesco Colonna. Mais alors l'histoire en était restée