‹ Gerard De NervalChapitre 22 sur 319 · SIGNIFICATION DU VOYAGE EN ORIENT XIX · texte numérisé non relu

SIGNIFICATION DU VOYAGE EN ORIENT XIX

à un Stade encore embryonnaire, comme la discrète exposition d'un thème futur. Pourtant Gérard parlait déjà de cette « île sacrée » autrement sans doute que pour céder à la tentation d’un cliché . littéraire. Le mot ne reviendra-t-il pas, avec une résonance plus . accentuée, lorsqu'il s'agira des fiançailles druses : « il faut que je m'unisse à quelque fille ingénue de ce sol sacré... » ? Cowment ne pas se souvenir alors que tous ces pays d'Orient bordent en effet la « mer sacrée », celle dont il est question dans un admirable vers du sonnet Horus :

La mer nous renvoyait son image adorée.

L'histoire de Hakem est bien l'histoire du retour à la patrie du sacré, ef l'aventure du calife est bien celle de Gérard perdu dans un monde qui ne croit plus au sacré, amoureux de femmes qui ne savent plus quelle est leur vocation : il ne lui reste plus que le recours au rêve, le seul salut du poète et la seule voie ouverte vers Dieu. L'Orient actuel lui-même, malgré tout son pittoresque, perd de jour en jour son pouvoir sacré (ainsi s'explique la haine de Gérard pour le tourisme à la manière britannique !) et le poète y cherche les portes d'entrée qui lui ouvriront l'accès an passé mythologique des existences antérieures; après les grottes - de Cérigo, et les Pyramides d'Égypte, ce sera la montagne druse,

et alors Gérard se laisse prendre entièrement : il abandonne le pittoresque et le présent pour un autre voyage dans le voyage, le voyage du rêve et de l'initiation, la seule authentique expérience. D'ailleurs nous savons déjà que, pour Gérard, l'écoulement du femps est une illusion : les histoires, comme les poèmes des Chimères, proclament l'éternel présent de la mémoire et du rêve, la vraie vie; ef si elles sont, elles aussi, à commencer par celle de Hakem, tout imprégnées de lectures, si elles ont des « sources », c’est que justement lectures et « sources » appartiennent de droit au domaine de la mémoire trans-lemporelle, ce domaine qui est bien la seule patrie du poète : plus de vérité dans les légendes, les mythes et les rêves que dans le temps. Hakem, comme Gérard, mourra tué par le temps el Son mensonge, mais hON Sans Survivre dans la mémoire du mythe, comme Gérard écrira Aurélia, avant de se laisser tuer, pour assurer la survivance de sa mémoire.

Aussi les histoires, dans leur forme achevée, sont-elles des

Page 1