‹ Gerard De NervalChapitre 213 sur 319 · DE LA CONDITION DES FEMMES · texte numérisé non relu

DE LA CONDITION DES FEMMES

(Où b a cru longtemps que l’islamisme plaçait la femme dans une position très inférieure à celle de l’homme, et en faisait, pour ainsi dire, l’esclave de son mari. C’est une idée qui ne résiste pas à l’examen sérieux des mœurs de l'Orient. Il faudrait dire plutôt que Mahomet a rendu la condition des femmes beaucoup meilleure qu’elle ne l’était avant lui.

Moïse établissait que l’impureté de la femme qui met au jour une fille et apporte au monde une nouvelle cause de péché doit être plus longue que celle de la mère d’un enfant mâle. Le Talmud excluait les femmes des cérémonies reli-

1. Appendice publié dans l'édition de 1851 à la fin du premier tome, c’est-à-dire à la suite des Femmes du Caire. Suivant en ceci les précédents éditeurs, nous le reportons à la fin du Voyage en Orient, car il est évident que sa place dans la publication de 1851 ne correspondait à aucune intention particulière et s'explique seulement par des raisons de commodité. De cette façon, cet appendice documentaire interrompait maladroitement la continuité du récit. Les différents chapitres qui le constituent sont, sauf le premier, de pures et simples adaptations de l'ouvrage de William Lane, rédigées pat Gérard — qui ignorait l’anglais — à partir d’une traduction de son ami Eugène de Stadler (qui emprunta le livre à la Bibliothèque Nationale du 28 octobre 1845 au 21 mats 1846).

gieuses et leur défendait l’entrée du temple. Mahomet, au contraire, déclare que la femme est la ghire de l’homme; il lui permet l’entrée des mosquées, et lui donne pour modèles Asia, femme de Pharaon, Marie, mère du Christ*, et sa propre fille Fatime. Abandonnons aussi idée européenne ? qui présente les musulmans comme ne croyant pas à l’âme des femmes. Il est une autre opinion © plus répandue encore, qui consiste à penser que les Turcs rêvent un ciel peuplé de houris, toujours jeunes et toujours nouvelles, c’est une erreur; les houris seront simplement leurs épouses rajeunies et transfigurées, car Mahomet prie le Seigneur d’ouvrir l’Éden aux vrais croyants, ainsi qu’à leurs parents, à leurs épouses et à leurs enfants qui auraient pratiqué la vertu. « Entrez dans le paradis, s’écrie-t-il;, vous ef vos compagnes, réjouissez-vous | »

Après une telle citation et bien d’autres qu’on pourrait faire, on se demande d’où est né le préjugé si commun encore parmi nous. Il faut peut-être n’en pas chercher d’autre motif que celui qu’indique un de nos vieux auteurs !, « Cette tradition fut fondée sur une plaisanterie de Mahomet à une vieille femme, qui se plaignait à lui de son sort sur le sujet du paradis; car il lui dit que les vieilles femmes n’y entreraient pas, et, sur ce qu’il la voyait inconsolable, 1l ajouta que toutes les vieilles seraient rajeunies avant d’y entrer. »

Du reste, si Mahomet, comme saint Paul ?, accorde à l’homme autorité sur la femme, il a soin de faire remarquer que c’est en ce sens qu’il est forcé de la nourrir et de lui constituer un douaire. Au contraire, l’Européen exige une dot de la femme qu’il épouse.

Quant aux femmes veuves ou libres à un titre quelconque, elles ont les mêmes droits que les hommes; elles peuvent acquérir, vendre, hériter; il est vrai que l’héritage d’une fille n’est que le tiers de celui du fils; mais, avant Mahomet, les biens du père étaient partagés entre les seuls enfants capables de porter les armes. Les principes de l’Islamisme s’opposent si peu même à la domination de la femme, que

1. Observations historiques et critiques sur le Mabométisme (1751), traduction de la préface à la version anglaise du Coran de George Sale (1734).

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