UN SOUVENIR DE CHOUBRAH
Choubrah est fermé à tout le monde: mais ce que tout le monde peut voir et savourer durant le jour, ce sont les merveilles orientales que j’ai décrites, les jardins sans rivaux qui entourent la belle résidence, et où les fleurs et les pommes d’or sont multipliées à tel point que celles-ci pleuvent littéralement sous les pas, et que l’Europe entière a moins de roses peut-être que les parterres de Méhémet- Ali et de son petit-fils Abbas-Pacha.
(Extraits)
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La Porte]: du Fleuve avlait] été constr[uite] par Hakembiamrillah et fut détruite sous le règne du sultan Bibars. Le jour du mois de Moharam 672, on donna ordre de démolir] une des p[ortes] du château en face du collège de Kamel, afin d’enlever les colon[nes] p[ou]r un afutre] édif[ice]. On déc[ouvrit] un coffre dans la muraille, où se trouvait] une fig[ure] de cuivre rouge, plalcée] sur un trône sembl[able] à une pyramlide], de la h{auteur] d’une palme, soutenue sur 4 roues]. L’id[ole] avait les j[ambes] croisées; ses mains portaient une lame qui av{ait] 3 palmes de tour et sur laqg[uelle] ét[aient] appliquées] plus[ieurs] figlures] massives. Au milieu une tête sans corps, autour de laq[uelle] étfait] une inscription] en car[actères] coptes et en car[actères] Kalfatyry. D’un côté de cette] têlte] é[tait] une figure qui av{ait] des cornes, et qui ress[emblait] à celle sous pq on rep{résente] le signe de la Vierge. De l’autre par|aissaient] 2 fig[ures] dont l’une avait] une croix sur la tête; la seconde t{enait] à la mfain] un bâton; sur sa tête une croix; aux plieds], des fig[ures] d’oiseaux, surm{ontés] d’une inscription]. On trlouva] aussi une pllanche] vernis[sée], c[ommJe p[ou]r éc{rire] les enf[ants] : un côté pleint] en bl[anc]|, l’autre en rouge... ?
Nous sommes de plus ici sur les bords du Tigre : ne veux-tu pas boire ? — Tout ce qui vlous] plaira, lui dis-je;
1. Nous utilisons ici la restauration du texte de M. Jean Richer. Les parties restaurées sont entre crochets.
2. Ce fragment, qui réunit des notes prises en vue de l’Hisioire de Hakem, illustre de façon saisissante le caractère visuel et visionnaire des rêves dont se nourtit l’imagination nervalienne.
je ne suis fait que p[ou]r vous obéir. » Il fit donc venir chopine de vin et la but, et moi autant. Puis je me mis à chanter q{uel]q[ues] airs que je savais lui plaire. « Ne veuxtu pas appeler] q{uel]q{[u}’un p[our te répondre ? dit-il. Il n’est pas nécess[aire] p[ou]r moi, lui dis-je. » Il ne laissa pas de ffaire] venir une demoiselle qu’il estimait beaucoup, nommée Degafe, comme qui dirait faible, ce qui fit prendre mauvais augure de son nom, vu l’état auquel nous étions. « Chante, lui dit-il. » Elle se mit à chanter ces vers de Nabègue le Gegadite : « Je suis à la fin de ma vie. La plupart de mes gens et plus proches parents crient au sang. » — « Prends augure là-dessus », me dit-il; puis à elle : « Chante nous q{uellq{[ue] autre chose. » Elle recomm{ença] ainsi : « Pleurez mes yeux, pleurez leur départ; la perte des amis mérite bien des larmes. » — « Dieu te maudisse, dit-il; ne sais-tu pas d’autres chansons que cela ? — Monseigneur, dit-elle, je n’ai chanté que ce que j’ai pensé que vous trouveriez bon, et n’ai pas eu intent[ion] de vous] déplaire. » Puis elle chanta encore cet autre : « O Dieu du repos et du mouvement, que nos destinées sont promptes à nous atteindre ! La nuit et le jour, et les tours des astres dans la sphère ne ch[angent] jamais; mais la roy[auté] quitte un roi pour passer à un afutre] puis à un autre. Grand] Dfieu], qui poss[ède] ton trône inébranlabl[ement], à perpétuité, sans succ{esseur], sans compagnon... — Va-t’en | lui dit-il et malédiction te suive. Elle s’en alla et, en partant, donna du pied contre un verre de cristal fort bien fait et qu’il aimait beaucoup et le cassa. « Hélas ! Ibrahim, dit le Fidèle, n’as-tu pas vu ce que cette fille a fait ? Et encore ce qui est arrivé au verre ? Par Dieu, je ne pense pas que mon affaire ne soit bientôt faite. — Dieu vous donne longue vie, lui dis-je, et heureux règne et détruise vos ennemis ! » Je n’avais pas achevé de parler que nous entendimes une voix de dessus le Tigre, disant ainsi : « L'affaire dont vous étiez tous deux en question est vidée. » — « N’as-tu rien ouï, Ibrahim ? dit le Fidèle. — Rien du tout, dis-je. J'avais “pourtant bien oui. Je m’approchai même du bord de la rivière. Puis recommença le même discours et la voix redoubla et dit encore : « L’aff[aire].. » Il demeura quelque temps en la même place triste et pensif; puis monta à cheval et s’en retourna en son palais dans la ville. Il ne passa pas depuis plus d’un ou deux jours qu’il ne fût assassiné.
GÉRARD DE NERVAL. CEuvres, T. I. 55
[Nous donnons enfin ici quelques notations fragmentaires du Carnet qui se rattachent à quelques-uns des principaux thèmes nervaliens :]
Je sens le besoin de m’assimliler] toute la nature (femmes étrang[ères]). Souvenir d’y avoir vécu.
Poursuivre les mêmes traits dans des femmes diverses.
Amoureux d’un type éternel.
Les Médicis. Marie de Médicis (saint Denis) 1. Pour moi une Médicis.
Le double de Salomon. Les meilleures parties de lui allaient animer l’autre (Antipodes).
Le monde amonde.
Le héros fils de Caïn.
Le Dieu qui jouit de toutes les femmes par le rêve.
Le double : enf[ant] du ciel
enf[ant] de l’enfer.
Div.
Qui imp{ose] que chacun soit le dieu de l’univers de ses rêves.
Suivi de son double ou génie intérieur. Le ferouer des rois. ® Esprits de vin. Ce qu’on boit et ce qu’on mange. Le mfauvais] espr[it] mang{e] la chair de ses anges révoltés.