‹ Gerard De NervalChapitre 251 sur 319 · V. UN JOUR À MUNICH · texte numérisé non relu

V. UN JOUR À MUNICH

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a. Variantes de:

P. : La Presse, 28 j#in 1840.

À. : L’Artiste, o novembre 1845.

S. : La Silhouette, 21 janvier 1849.

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a. P., À. : la passion du roi Louis S. : la passion du roi de ce pays b. À. : et qui vient d’être terminée

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a. P., À. add.: Je plains fort le roi de ce pays, qui se défend pourtant d’être un monarque constitutionnel, de s’être imposé l’usage d'admettre deux fois par jour une trentaine de personnes dans l’intérieur de son domicile. En sortant de table, il retrouve ses parquets et ses meubles souillés d'empreintes inconnues; ce qu’il touche vient d’être touché; l’air est encore plein d’haleines impures; des Anglais ont gravé furtivement leurs noms sur les glaces et sur les marbres des consoles. Qui sait ce qu’on a pris, et qui sait ce qu’on a laissé ? Cela me rappelle qu’un jour on m’a fait voir, à Trianon, le lavabo du duc de Nemours à côté de celui de Joséphine, et un petit morceau de savon dont le prince s’était servi la dernière fois qu’il y avait couché.

Je m’abstiendrai de décrire en détail l’intérieur du palais de Munich, dont tous les guides de voyageurs ont énuméré les richesses artistiques.

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a. P., À. : gigantesques et furibondes,

b. P., À. add.: c’est encore un rêve, où le roi-poète peut poursuivre en passant les magnificences de l’Olympe ou les vagues splendeurs du Walhalla.

Je suis loin de vouloir rabaisser les beautés de cette résidence et le goût du roi de Bavière pour les arts plastiques n’a pas de quoi donner de prise au ridicule; mais je me demande s’il est bien vrai que M. Cornelius, lorsqu'il vint à Paris il y a quelques années, n’ait pas été émerveillé des richesses de Versailles et qu’il ait à peu près parlé comme le Gascon, qui trouvait que le Louvre ressemblait aux écuries du château de son père; nous le croyons un homme de trop de goût et de bonne foi pour que cette histoire soit vraie, d’autant plus que, si le palais de Munich a quelques beautés incontestables, c’est un point où le talent de M. Cornelius est presque seul intéressé, et à nous seuls aussi il appattient de lui en rapporter la gloire.

VARTIANTES 811

c. P. add.: Songez-vous, Parisiens |! que l'Espagne et l’Italie manquent de beurre absolument ? Peut-être n’avez-vous jamais fait grande attention à l’humble ingrédient qu’on appelle du beurre. Hé bien ! quand le bateau à vapeur qui vient de Naples touche à Nice, la première idée des passagers est de courir au café-royal sur la grande place et d’y déjeuner avidement avec du beurre et du lait. Du lait |! et savez-vous comment les dames italiennes font leur café le matin ? Ces infortunées délayent des blancs d’œufs dans du café noir faute de lait et elles boivent ce mélange. Voilà ce qu’on ne sait pas.

Munich manque d’huîtres, et de poissons de mer naturellement; ses vins sont médiocres et chers, mais elle vante sa bière, qui en effet a une grande réputation dans toute l’Allemagne. Il ne faut pas parler de la bière de Munich à des voyageurs qui ont bu des bières belges et anglaises. Le faro, l’ale et le lambick sont des bières dont on n’a pas idée même à Paris; ce sont de véritables vins du nord, qui égaient et grisent plus vite que le vin lui-même. Les bières impériales et royales d'Autriche et de Bavière n’ont aucun rapport avec ces nobles boissons. Aussi disputent-elles au tabac le privilège d’engourdir et d’assoupir de plus en plus ce grand corps du peuple allemand.

Le lecteur me pardonnera ce hors-d’œuvre culinaire qui n’est pas hors de propos, car les voyageurs ont faim comme les héros, et la nourriture est une {pression de voyage incontestable.

À. add.: Munich manque d’huîtres [etc.] d. P., S. add. : même à l’égard du Journal des Débats.

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a. P., À. add.: Puisque nous parlons des oreillers, parlons tout de suite des poêles. Les poêles bavarois sont les plus beaux du monde; leur construction est de l’architecture, et leurs ornements sont de la sculpture en réalité. Si l’on connaissait bien à Paris les poêles allemands, on ne voudrait plus de cheminées. C’est la plus belle pièce d’un mobilier. Cela convient à une chambre comme à une salle de palais. J’ai vu un poêle allemand au château de Rastadt, enrichi, il est vrai, de peintures et de porcelaines, qu’on estimait cent mille florins. Les plus beaux de ces #onuments disparaissent peu à peu de l’Allemagne, car les princes et les grands seigneurs adoptent presque partout la cheminée française; mais la bourgeoisie tient toujours pour ses vieux poêles, et elle à raison.

b. P. add. : le Polonceau est séduisant, le Seyssel a plus de crédit, le Roux se recommande aux artistes, la ville hésite devant la dépense

c. P., À., S. : garance.

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a. P., À. : On a donc le droit de récuser notre mauvais goût parisien, suttout lorsqu'on à soin de faire remarquer (dans ce livret autorisé et censuré) que le roi de Bavière, dans la décoration de ses palais et de ses musées, s’est toujours éloigné du faux goût qui florissait

dans les xvrre et xvrrre siècles. Ceci nous paraît encore dirigé contre Versailles, et plusieurs allusions que je n’ai plus sous la main me confirment dans cette pensée.

Les peintres se sont livrés sur les plafonds de la Glyptothèque à des intempérances de couleur que nous sommes loin d'approuver. Les magnifiques bas-reliefs de Phidias, le Silène et les marbres si purs de Canova, qu’on rencontre en baissant les yeux [A. : qu’on rencontre plus loin], eussent dû faire honte aux prétentieuses compositions des peintres germaniques. Nous exceptons toujours celles de M. Cornelius, qui ne sont en effet que des compositions, puisqu'elles ne sont pas peintes par lui. Il a décoré toute une salle avec des sujets tirés de l’Iliade, dont on a pu voir les dessins à Paris. Je n’ai pas besoin de répéter ce que tout le monde sait aujourd’hui, que les dessins envoyés ici comme copie des fresques de l’école de Munich ne donnent qu’une idée très fausse de l'effet des peintures originales : il n’est pas de voyageur qui nait fait cette observation.

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a. P., À. add. : que notre collaborateur Théophile Gautier a décrite, d’après la gravure, avec tant de verve et d'éclat.

b. À. add. : un obélisque de la grandeur du nôtre, mais couvert de cuivre rouge, destiné à conserver le souvenir des trente mille Bavarois qui perdirent la vie dans la campagne de Russie.

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a. P. add. : Cette dernière est un morceau dont les Rouennais sont bien fiers. On sait que l’ancienne flèche de Rouen, rivale de celle de Strasbourg et d'Anvers, avait été brûlée il y a quelques années. Le conseil municipal de Rouen décida qu’on la reconstruirait en fer creux, ce qui s’est fait. Maintenant, cette flèche durera plus que l’église elle-même. C'est léger, économique, incombustible; cela se démonte avec des boulons, cela peut se revendre au poids. Seulement, vu d’en bas, ce clocher est grêle et mesquin; c’est un clocher-araignée; cela ressemble à un mât garni de ses cordages; c’est une flèche étique, amaigrie; cela gâte la vue de Rouen si gâtée déjà par son pont de fer et son quai de belles maisons.

b. À. add. : J'ai pu monter dans la flèche entièrement construite en fer creux, selon les procédés modernes; j’en ai déjà signalé les avantages à propos de la flèche de Rouen. Cette flèche, assurément, durera plus

[.… cf. variante précédente) | amaïigrie. Mais ne blâmons pas trop Munich de ce sacrifice au progrès.

c. P., À. add. : Que le roi-poète me pardonne ces critiques sévères; avant de faire des bâtisses, il faisait des livres signés de son nom royal, avec les armes de Bavière au frontispice; il s’est donc reconnu de tout temps justiciable du feuilleton. D'ailleurs nous comprenons [A. : justiciable de la critique. D’ailleurs l’on comprend bien] que

d. S. add. : Je n’ai passé qu’un jour à Munich, ayant rencontré juste-

ment, à la table d’hôte de la Poule d'Or, cet excellent cousin Henri, dont je t'ai déjà parlé; j’ai pris place dans sa chaise de poste et je suis parti pour Vienne.

P. add. En rentrant dans la ville, nous rencontrâmes plusieurs monuments nouveaux propres à immorftaliser la gloire bavaroise sous toutes les formes. On remarque surtout un obélisque entièrement pareil au nôtre, mais tout en cuivre rouge comme la statue de Maximilien. Il est consacré aux trente mille Bavarois qui perdirent la vie dans la campagne de Russie; nous ne nous y opposons pas.

On donnait au théâtre un vaudeville traduit, et la représentation de Medea, mélodrame en prose, joué par Mme Schroder-Devrient, qui est, dit-on, la première tragédienne de l'Allemagne. Cette actrice nous a rappelé Mile Duchesnois dans ses derniers jours. La pièce était bouffonne, remplie de combats réglés, d’incendies et de meurtres et finissait par une illumination en flammes de Bengale. C’est donc là où en est réduit aussi l’art dramatique en Allemagne ? Mais du moins nos auteurs du boulevard ne choisissent point de sujets classiques. Un mélodrame intitulé Médée aurait eu peu de succès à la Porte-Saint- Martin.

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