‹ Gerard De NervalChapitre 29 sur 319 · Le Misanthrope, IV · texte numérisé non relu

Le Misanthrope, IV

2. Ruy Bas, III, 4. Lors de la première publication de ce chapitre (La Presse, 28 janvier 1840) le drame de Victor Hugo, joué en 1838, appartenait encore à l’actualité littéraire. Il n’est pas interdit de penser que Gérard communique à son attaché d’ambassade sa propre expérience de spectateur |

elle et sa nièce couchaient dans ce lit, et n’en avaient pas d’autre; cependant la diplomatie de notre envoyé finit par triompher de ce dernier obstacle. Le domestique partit, | et le maître reprit comme il put son sommeil d’une heure avant, si fâcheusement troublé.

Au point du jour, il s’éveilla au bruit qui se faisait à la porte. C'était son valet suivi de sept lanciers. Le général n'avait pas cru devoir faire moins pour son jeune ami... Par exemple, il n’envoyait aucun argent.

L’attaché sauta au bas de son lit. |

« Que diable le général veut-il que je fasse de sept lan- | ciers ? Il ne s’agit pas de conquérir la Savoie !

— Mais, monsieur, dit le domestique, c’est pour retirer | la voiture.

— Et où est-elle, la voiture ? »

On se répandit dans le pays. Le torrent coulait toujours avec majesté, mais la voiture n’avait laissé nulle trace. Les Savoyardes commencèrent à s'inquiéter. Heureusement notre jeune diplomate ne manquait pas d’expédients. Ses dépêches à la main, il convainquit les lanciers de l’importance qu’il y avait à ce qu’il ne perdit pas une heure, et l’un de ces militaires consentit à lui prêter son uniforme et à rester à sa place dans le Lit, ou bien devant le feu, roulé dans

la couverture, à son choix.

Voilà donc l’attaché qui repart enfin pour AX**#*#, laissant un lancier en gage chez les Savoyardes (on peut espérer qu’il n’en est rien résulté qui pût troubler l’harmonie entre les deux gouvernements). Arrivé dans la ville, il s’en va trouver le commandant, qui avait peine à le reconnaître sous son uniforme.

« Mais, général, je vous avais prié de m’envoyer des habits et de l'argent.

— Votre voiture est donc perdue ? dit le général.

— Mais, jusqu’à présent, on n’en a pas de nouvelles; lorsque vous m’aurez donné de l’argent, il est probable que je pourrai la faire tetirer de l’eau par des gens du pays.

— Pourquoi employer des gens du pays, puisque nous avons des lanciers qui ne coûtent rien ?

— Mais, général, on ne peut pas tout faire avec des lanciers | et quand vous m’aurez prêté quelque autre

habit.

— Vous pouvez garder celui-ci; nous en avons encore au magasin...

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