‹ Gerard De NervalChapitre 33 sur 319 · HAN · texte numérisé non relu

HAN

En entrant à Munich, on se croirait transporté tout à coup dans cette étoile extravagante. Le roi-poète 1 qui l’a embellie aurait pu tout aussi bien réaliser l’autre rêve et enrichir à jamais ses confrères en Apollon; mais il n’aime que les peintres; eux seuls ont le privilège de battre monnaie sur leur palette : le rapin fleurit dans cette capitale, qu’il proclame l Afhènes moderne... mais le poète s’en détourne et lui jette en partant la malédiction de Minerve; il n’y a là rien pour lui.

En descendant de voiture, en sortant du vaste bâtiment de la Poste royale, on se trouve en face du palais, sur la plus belle place de la ville; il faut tirer vite sa lorgnette et son livret, car déjà le musée commence, les peintures couvrent les murailles, tout resplendit et papillote, en plein air, en plein soleil.

Le Palais-Neuf est bâti exactement sur le modèle du palais Pitti, de Florence; le théâtre, d’après l'Odéon de Rome; l’hôtel des Postes, sur quelque autre patron classique; le tout badigeonné du haut en bas de rouge, de vert et de bleu-ciel. Cette place ressemble à ces décorations impossibles que les théâtres hasardent quelquefois; un solide monument de cuivre rouge établi au centre, et représentant le roi Maximilien Ier, vient seul contrarier cette illusion. La Poste, toute peinte d’un rouge sang de bœuf, qualifié de rouge antique, sur lequel se détachent des colonnes jaunes, est égayée de quelques fresques dans le style de Pompéia, représentant des sujets équestres. L’Odéon expose à son fronton une fresque immense où dominent les tons bleus et roses, et qui rappelle nos paravents d’il y a quinze ans; quant au palais du roi, il est uniformément peint d’un beau vert tendre. Le quatrième côté de la place est occupé par des maisons de diverses nuances. En suivant la rue qu’elles indiquent, et qui s’élargit plus loin, on longe une seconde face du palais plus ancienne et plus belle que

le Magicien attribué à Dürer est plutôt, croit-on, un Faust de Rembrandt

‘ (gravure reproduite par Gérard en tête de sa traduction de Faust).

En tout cas, ces trois personnages picturaux réunissent quelques-uns des thèmes essentiels de l’imagination nervalienne, et leur présence ici souligne le rôle important des images et des influences picturales dans la formation du monde intérieur de Gérard.

1. Louis Ie' de Bavière, le célèbre amant de Lola Montès, qui régna de 1825 à 1848.

autre, où deux portes immenses sont décorées de statues et de trophées de bronze d’un goût maniéré, mais grandiose. Ensuite, la rue s’élargit encore; des clochers et des tours gracieuses se dessinent dans le lointain; à gauche s’étend à perte de vue une file de palais modernes propres à satisfaire les admirateurs de notre rue de Rivoli; à droite, un vaste bâtiment dépendant du palais, qui du côté de la rue est garni de boutiques brillantes, et qui forme galerie du côté des jardins, qu’il encadre presque entièrement. — Tout cela à la prétention de ressembler à nos galeries du Palais-Royal; les cafés, les marchandes de modes, les bijoutiers, les libraires sont à l'instar de Paris. Mais une longue suite de fresques représentant les fastes héroïques de la Bavière entremêlées de vues d’Italie témoignent, d’arcade en arcade, de la passion de l’ex-roi de ce pays 2 pour la peinture, et pour toute peinture, à ce qu’il paraît. Ces fresques, le livret l'avoue, sont traitées par de simples élèves. C’est une économie de toiles; les murs souffrent tout.

Le Jardin royal, entouré de ces galeries instructives, est | planté en quinconce et d’une médiocre étendue; la face du | palais qui donne de ce côté, et où les ouvriers travaillent encore D, présente une colonnade assez imposante; en faisant le tour par le jardin, on rencontre une autre façade composée de bâtiments irréguliers, et dont fait partie la basilique, le mieux réussi des monuments modernes de Munich. |

Cette jolie église, fort petite d’ailleurs, est un véritable bijou; construite sur un modèle byzantin, elle étincelle, à l'intérieur, de peintures À fond d’or, exécutées dans le même style. C’est un ensemble merveilleux de tout point; ce qui n’est pas or ou peinture est marbre ou bois précieux; le visiteur seul fait tache dans un intérieur si splendide, qui rappelle sur une échelle moindre la chapelle des Médicis, de Florence.

En sortant de ‘la basilique, nous n’avons plus que quelques pas à faire pour rencontrer de nouveau le théâtre; car nous venons de faire le tour du palais, auquel se rattachent tous ces édifices comme dépendances immédiates. Pourquoi n’entrerions-nous pas dans cette vaste résidence ? Justement le roi va se mettre à table, et c’est l'heure où les visiteurs sont admis dans les salles où il n’est pas, bien entendu.

On nous reçoit d’abord dans la salle des gardes, toute garnie de hallebardes, mais gardée seulement par deux factionnaires et autant d’huissiers. Cette salle est peinte en grisailles figurant des bas-reliefs, des colonnes et des statues absentes, selon les procédés surprenants et économiques de M. Abel de Pujol 1. Assis sur une banquette d’attente, nous assistons aux allées et venues des officiers et des courtisans. Et ce sont en effet de véritables courtisans de comédie,

ar l’extérieur du moins. Quand M. Scribe nous montre, à l’'Opéra-Comique, des intérieurs de cours allemandes, les costumes et les tournures de ses comparses sont beaucoup plus exacts qu’on ne croit ?. Une dame du palais, qui passait avec un béret surmonté d’un oiseau de paradis, une collerette ébouriffante, une robe à queue et des diamants jaunes, m'a tout à fait rappelé Mme Boulanger *. Des chambellans chamartés d’ordres semblaient prêts à se faire entendre sur quelque ritournelle d’Auber.

Enfin, le service du roi a passé, escorté par deux gardes. C’est alors que nous avons pu pénétrer dans les autres salles à. Ce qu’il faut le plus remarquer, c’est la salle décorée de fresques de Schnorr sur les dessins de Cornélius 4, dont les sujets sont empruntés à la grande épopée

1. Peintre et décorateur (1785-1861), qui, reprenant une tradition d’origine italienne, que Lebrun avait inaugurée en France avec l’escalier des Ambassadeurs de Versailles (aujourd’hui disparu), s'était fait une spécialité de la décoration en « trompe-lœil ».

2. Le premier acte d’une pièce de Scribe, L’Ambassadrice, Se passe effectivement à Munich (première représentation : 1836). Une lettre de Gérard, du 28 février 1840, raconte l’échec de cette pièce à Vienne (à Monpou, Corresp., éd. cit., n° 56 bis).

3. 1786-1850. Actrice de l’Opéra-Comique, spécialiste, à partir de 1835, des rôles de duègnes. On se souviendra que c’est au début de 1836 que Jenny Colon débuta à l’Opéra-Comique, dont Gérard avait donc alors de bonnes raisons de connaître à fond le répertoire et les acteurs.

4. Julius Schnorr (1794-1872), peintre d’histoire allemand. Peter

: Cornelius (1783-1867), décorateur et fresquiste, fut, en 1819, chargé pat le roi de Bavière de diriger les embellissements de Munich. Un M. Cornelius est mentionné dans une lettre de Gérard à Victor Hugo du 12 novembre 1850 : « Je vous demanderai des places pour M. Cornelius » (Corresp., éd. cit., n° 167). Cf. Théophile Gautier, L’Ar/ Moderne (Paris, M. Lévy, 1856) : « La renommée de Cornelius est européenne. il occupe une place élevée que personne ne lui conteste parmi les maîtres les plus sérieux. »

germanique des Niebelungen. Ces peintures, admirablement composées, sont d’une exécution lourde et criarde, et l’œil a peine à en saisir l'harmonie; de plus, les plafonds, chargés de figures gigantesques furibondes 4, écrasent leurs salles mesquines et médiocrement décorées; il semble partout à Munich que la peinture ne coûte rien; mais le marbre, la pierre et l’or sont épargnés davantage. Ainsi ce palais superbe est construit en briques, auxquelles le plâtre et le badigeon donnent l’aspect d’une pierre dure et rudement taillée; ces murailles éclatantes, ces colonnes de portore et de marbre de Sienne, approchez-vous, frappez-les du doigt, c’est du stuc. Quant au mobilier, il est du goût le plus empire que je connaisse, les glaces sont rares, les lustres et les candélabres semblent appartenir au matériel d’un cercle ou d’un casino de province; les richesses sont au plafond pb.

Le repas du roi étant fini, nous pouvons commencer le nôtre; il n’y a qu’un seul restaurateur dans la ville, qui est un Français, autrement il faut prendre garde aux heures des tables d’hôte. La cuisine est assez bonne à Munich, la viande à bon goût; c’est là une remarque plus importante qu’on ne croit en pays étranger. On ne sait pas assez que la moitié de l’Europe est privée de beefsteaks et de côtelettes passables, et que le veau domine dans certaines contrées avec une déplorable uniformité €,

Les deux cafés de la Galerie-Royale ne sont pas fort brillants, et n’ont aucun journal français. Un vaste cabinet de lecture et une sorte de casino, qu’on appelle le Musée, contiennent en revanche la plupart des feuilles françaises que la censure laisse entrer librement. De temps en temps, il est vrai, quelque numéro manque, et les abonnés lisent à la place cet avis : que le journal a été saisi, à Paris, à la poste et dans les bureaux. Cela se répète si souvent 4, que je soupçonne le parquet de Munich de calomnier celui de Paris. Il résulte encore de ce subterfuge que les braves Munichois ont des doutes continuels sur la tranquillité de notre capitale; la leur est si paisible, si gaie et si ouverte, A ne comprennent pas les agitations les plus simples

e notre vie politique et civile; la population ne fait aucun bruit, les voitures roulent sourdement sur la chaussée poudreuse et non pavée. Le Français se reconnaît partout à ce qu’il déclame ou chantonne en marchant; au café il parle haut; il oublie de se découvrir au théâtre; même en dormant, il remue sans cesse, et un lit allemand n’y résiste

INTRODUCTION ZERSELORIENT 31

pas dix minutes. Imagine-toi des draps grands comme des serviettes, une couverture qu’on ne peut border, un édredon massif qui pose en équilibre sur le dormeur; eh bien | - l'Allemand se couche et tout cela reste sur lui jusqu’au lendemain; de plus, connaissant sa sagesse, on lui accorde des oreillers charmants, brodés à l’entour et découpés en dentelles sur un fond de soie rouge ou verte; les plus pauvres lits d’auberge resplendissent de ce luxe innocent 2.

Je sens bien que tu es pressé de faire connaissance avec la Glyptothèque et la Pinacothèque; mais ces musées sont fort loin du centre de la ville, et il faut le temps d’y arriver. Dans sa pensée d’agrandissement à l’infini pour sa capitale, le roi Louis à eu soin de construire à de grandes distances les uns des autres ses principaux monuments, ceux du moins autour desquels on espère que les maisons viendront un jour se grouper. La ville de Munich était naturellement une fort petite ville, de la grandeur d’Augsbourg tout au plus; la lyre du roi-poète en a élevé les murailles et les édifices superbes. Il eût, comme Amphion, fait mouvoir les pierres à ce grand travail, mais il n’y avait pas de pierres dans tout le pays. C’est là le grand malheur de cette capitale improvisée d’un royaume encore si jeune; de là la brique rechampie, de là le stuc et le carton-pierre, de là des rues boueuses, ou poudreuses, selon la saison; le grès manque, la municipalité hésite entre divers projets soumis par les compagnies de bitume P, et Munich n’est encore pavé, comme l’enfer, que de bonnes intentions.

Après bien des places indiquées à ee bien des rues seulement tracées et où l’on donne des terrains gratuits, comme dans les déserts de l'Amérique, à ceux qui veulent y bâtir, on arrive à la Glyptothèque, c’est-à-dire au musée des statues: on est tellement Grec à Munich, que l’on doit être bien Bavarois à Athènes; c’est du moins ce dont se sont plaints les Grecs véritables. Le bâtiment est tellement antique dans ses proportions, que les marches qui conduisent à l’entrée ne pourraient être escaladées que par des Titans : un petit escalier dans un coin répare cet inconvénient, que je me garderai bien d’appeler un vice de construction. À l’intérieur, les salles sont vastes et pratiquées dans toute la hauteur du monument. Elles sont enduites partout de cette teinture de rouge © foncé que les livrets continuent à garantir vrai rouge antique. Les ornements qui s’en détacheut

sont toujours de ce style Pompéia sur lequel nous avons été

GÉRARD DE NERVAL. Œwvres, T, II. 5

blasés par nos cafés, nos passages, et par les décorations du Gymnase ! à,

La Glyptothèque renferme une collection d’antiques fort

précieuse et des chefs-d’œuvre de Canova, parmi lesquels se trouvent la Frileuse, la Vénus-Borghèse, un buste de Napoléon et un autre du prince Eugène. Quelques statues du trop célèbre Thorwaldsen ? partagent avec celles de Canova les honneurs d’une salle particulière, où leurs noms sont accolés à ceux de Phidias et de Michel-Ange. On ignore probablement à Munich les noms français de Puget et de Jean Goujon.

La Pinacothèque, c’est-à-dire le musée de peinture, est située à peu de Haute de la Glyptothèque. Son extérieur est beaucoup plus imposant, quoique le style grec en soit moins pur. Ces deux édifices sont d’un architecte nommé Léon de Glenze #.

Ici, je n'aurai plus qu’à louer : les salles sont grandes, et ne sont ornées que de peintures de maîtres anciens. Une galerie extérieure, qui n’est pas ouverte encore au public, est toutefois fort gracieusement peinte et décorée, et l’ornement antique y est compris à la manière italienne avec beaucoup de richesse et de légèreté. Il serait trop long

1. L'Empire et la Restauration assurèrent en France le triomphe de la mode pompéienne, inaugurée d’ailleurs dès la fin du xvurr siècle. La même époque a vu l’urbanisme parisien user et abuser des passages, dont beaucoup subsistent encore aujourd’hui (passage des Panoramas, dont le nom évoque une autre mode artistique de l’époque (1800): passage Choiïseul (1825), etc.).

2. Peintre danois (1770-1844), qui vécut en grande partie en Italie; avec Canova, le maître du néo-classicisme, pour lequel Gérard n’éprouvait pas grande sympathie. On notera que, selon une lettre à son père du 19 novembre 1839, Gérard n’avait guère eu le temps de voir convenablement les musées munichois : « Je n'ai pu que parcourir rapidement les collections magnifiques de tableaux et de statues, les palais et les églises. » Comme tant de voyageurs enthousiastes de l’époque romantique — à commencer par le Stendhal des Mémoires d’un Touriste — Gérard utilise les guides au moins autant que ses propres observations.

3. Architecte fixé à Munich après 1815, à qui la ville doit une bonne part de son architecture officielle du temps de Louis Ier (1784- 1864). Leo de Klenze (l’orthographe du nom est légèrement déformée par Gérard) était un néo-classique, disciple des architectes français de l’époque impériale (ce qui peut expliquer que, plus haut, Gérard ait, à propos de l’urbanisme munichois, évoqué la rue de Rivoli).

d’énumérer tous les chefs-d’œuvre que renferme la Pinacothèque. Qu'il suffise de dire que la principale galerie renferme une soixantaine de Rubens choisis et des plus grandes toiles. C’est là que se trouve le Jwgewent dernier de ce maître, pour lequel il a fallu exhausser le plafond de dix pieds. Là se rencontre aussi l’original de la Bataille des Amazones 1 à,

Après avoir parcouru les grandes salles consacrées aux grands tableaux, on revient par une suite de petites salles divisées de même par écoles, et où sont placées les petites toiles. Cette intelligente disposition est très favorable à l'effet des tableaux.

Que reste-t-il à voir encore dans la ville ? On est fatigué de ces édifices battant-neufs, d’une architecture si grecque, égayés de peintures antiques si fraiches. Il y aurait encore pour tout Anglais à admirer six ministères avec ou sans colonnes, une maison d’éducation pour les filles nobles, la bibliothèque, plusieurs hospices ou casernes b, une église romane, une autre byzantine, une autre renaissance, une autre gothique. Cette dernière est dans le faubourg : on aperçoit de loin sa flèche aiguë. Tu m’en voudrais d’avoir manqué de visiter une église gothique de notre époque. Je sors donc de la ville sous un arc de triomphe dans le goût italien du xrve siècle, orné d’une large fresque représentant les batailles bavaroïises. Un quart de lieue plus loin, je rencontre l’église bâtie aussi comme tous les autres monuments de briques rechampies de plâtre. Cette église est petite et n’est pas entièrement finie à l’intérieur. On y pose encore une Gi de petits saints-statuettes en plâtre peint. Le carton-pierre y domine : c’est là une grande calamité. Les vitraux sont mieux que le gothique : d’après les nouveaux procédés et les découvertes de la chimie, on de à obtenir de grands sujets sur un seul verre, au lieu d’employer de petits vitraux plombés; le dallage est fait en bitume de couleur; les sculptures de bois sont figurées parfaitement

en pâte colorée; les flambeaux et les crucifix sont en métal

anglais, se nettoyant comme l’argent. J'ai pu monter dans

1. Ce tableau, connu aussi sous le titre Passage du Thermodon, avait été décrit par Théophile Gautier dans un article de La Presse (8 novembre 1836, cf. var.); largement connu par la gravure, il était une des œuvres de Rubens les plus admirées des Romantiques.

la flèche, qui m’a rappelé celle de la cathédrale de Rouen refaite par M. Alavoine ! à.

Revenons à Munich P. La flèche en fer creux est un sacrifice du progrès, et je ne veux pas trop l’en blâmer. En revanche, elle a toujouts les deux belles tours de sa cathédrale, le seul monument ancien qu’elle possède, et qu’on aperçoit de six lieues. Au temps où fut bâti ce noble édifice, on mettait des siècles à accomplir de telles œuvres; on les faisait de pierre dure, de marbre ou de granit; alors aussi on n’improvisait pas en dix ans une capitale qui semble une décoration d’Opéra prête à s’abimer au coup de sifflet du machiniste °.

Du reste, je comprends que l’ancien duché de Bavière, qui est passé royaume par la grâce de Napoléon ?, ait à cœur de se faire une capitale avec une ancienne petite ville mal bâtie, qui n’a pas même de pierres pour ses maçons; mais Napoléon lui-même n’aurait pu faire que la population devint en rapport avec l’agrandissement excessif de la ville; il eût simplement déporté là des familles qui y seraient mortes d’ennui, comme les tortues du Jardin des Plantes ?; il n'aurait pu faire un fleuve de l’humble ruisseau qui coule à Munich, et que l’on tourmente en vain avec des barrages, des fonds de planches et des estacades, pour avoir le droit, un jour, d’y bâtir un pont dans le goût romain. Hélas ! sire roi de Bavière ! ceci est une grande consolation pour nous autres pauvres gens; vous êtes roi, prince absolu, chef d’une monarchie à Ézars que vous ne voulez pas que l’on confonde avec les monarchies constitutionnelles ; mais vous ne pouvez faire qu’il y ait de l’eau dans votre rivière et de la pierre dans le sol où vous bâtissez a |

1. Gérard écrit au moment de la pleine ferveur du néo-gothique. C’est l’époque où règne l’influence de Viollet-le-Duc (dont le Dicrionnaïre commencera de paraître en 1854), l’époque où à Paris on discute ferme autour du projet de l’église Sainte-Clotilde (dont un dessin parut, précisément en 1851, dans le Musée des Familles), époque enfin où l’on a calculé que plus de deux cents églises néo-gothiques étaient en couts de construction en France.

2. C’est en effet l'Empereur qui avait fait roi de Bavière Maximilien-.

Joseph, père de Louis Ier, 3. Allusion sans doute aux tentatives de Napoléon pour créer

des villes de toutes pièces et y installer artificiellement une population (La Roche-sur-Yon et Pontivy).

Je pars pour Vienne, d’où j'espère gagner Constantinople en descendant le Danube. J'ai vu Saltzbourg, où naquit Mozart et où l’on montre sa chambre chez un chocolatier. La ville est une sorte de rocher sculpté, dont la haute forteresse domine d’admirables paysages. Mais Vienne m'appelle, et sera pour moi, je l'espère, un avantgoût de l'Orient.

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