‹ Gerard De NervalChapitre 39 sur 319 · L’ARCHIPEL · texte numérisé non relu

L’ARCHIPEL

Hier soir, on nous avait annoncé qu’au point du jour nous serions en vue des côtes de la Morée P.

J'étais sur le pont dès cinq © heures, cherchant la terre absente, épiant à quelque bord de cette roue d’un bleu sombre, que tracent les eaux sous la coupole azurée du ciel, attendant la vue du Taygète lointain 4 comme l'apparition d’un dieu. L’horizon était obscur encore, mais l'étoile du matin rayonnait d’un feu clair dont la mer était sillonnée. Les roues du navire chassaient l’écume éclatante €, qui laissait bien loin derrière nous sa longue traînée de phosphore. — « Au-delà de cette mer, disait Corinne en se tournant vers l’Adriatique, il y a la Grèce. Cette idée ne sufit-elle pas pour émouvoir ? ? » — Et moi, plus heureux qu’elle, plus heureux que Winckelmann 3, qui la rêva toute

1. L'épisode de la mort de l’Anglais est authentique, mais il appartient au voyage de janvier 1843, et c’est à Malte que le bateau relâcha pour y déposer le corps.

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