‹ Gerard De NervalChapitre 98 sur 319 · VUE DE BOULAK AU CAIRE · texte numérisé non relu

VUE DE BOULAK AU CAIRE

«le palais d’un bey mamelouk.…. la mosquée blanche qui l'avoisine…. » (Femmes du Caire, V, 2.)

>sper Marilhat. (Louvre, Cabinet des Dessins.)

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frisée par un souffle contraire, nous jetait au visage son écume, et le remous prenait des teintes ardoisées en peignant les reflets du ciel.

Les hommes descendent à terre pour dégager la cange et la retourner. Alors commence un de ces chants dont les matelots égyptiens accompagnent toutes leurs manœuvres et qui ont invariablement pour refrain e/yson ! Pendant que cinq ou six gaillards, dépouillés en un instant de leur tunique bleue et qui semblent des statues de bronze florentin, s’évertuent à ce travail, les jambes plongées dans la vase, le reis, assis comme un pacha sur l’avant, fume son narghilé d’un air indifférent. Un quart d’heure après, nous revenons vers Boulac, à demi penchés sur la lame avec la pointe des vergues trempant dans l’eau.

Nous avions gagné à peine deux cents pas sur le cours du fleuve : il fallut retourner la barque, prise cette fois dans les roseaux, pour aller toucher de nouveau à l’île de sable : Baftal ! battal ! disait toujours le reïs de temps en temps.

Je reconnaissais à ma droite les jardins des villas riantes qui bordent Vallée de Choubrah; les sycomores monstrueux qui la forment retentissaient de l’aigre caquetage des corneilles, qu’entrecoupait parfois le cri sinistre des milans.

Du reste, aucun lotus, aucun ibis, pas un trait de la couleur locale d’autrefois; seulement çà et là de grands buffles plongés dans l’eau et des coqs de Pharaon, sortes de petits faisans aux plumes dorées, voltigeant au-dessus des bois d’orangers et de bananiers des jardins.

J'oubliais l’obélisque d’Héliopolis, qui marque de son doigt de pierre la limite voisine du désert de Syrie et que je regrettais de n’avoir encore vu que de loin. Ce monument ne devait pas quitter notre horizon de la journée, car la navigation de la cange continuait à s’opérer en zig-zag.

Le soir était venu, le disque du soleil descendait derrière la ligne peu mouvementée des montagnes libyques, et tout à coup la nature passait de l’ombre violette du crépuscule à l’obscurité bleuâtre de la nuit. J’aperçus de loin les lumières d’un café, nageant dans leurs flaques d’huile transparente; accord strident du #47 et du rebab 1 accompagnait cette mélodie égyptienne si connue : Ya #eyly ! (O mwits !).

D’autres voix formaient les répons du premier vers

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