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Instruments de musique soigneusement décrits par W. Lane

GÉRARD DE NERVAL. (Œuvres, T. II. 20

« O nuits de joie! » On chantait le bonheur des amis qui se rassemblent!, l’amour et le désir, flammes divines, émanations radieuses de la clarté pure qui n’est qu’au ciel; on invoquait Ahwad, l’élu, chef des apôtres, et des voix d’enfants reprenaient en chœur l’antistrophe de cette délicieuse et sensuelle effusion qui appelle la bénédiction du Seigneur sur les joies nocturnes de la terre ?.

Je vis bien qu’il s'agissait d’une solennité de famille. L'étrange gloussement des femmes fellahs succédait au chœur des enfants, et cela pouvait célébrer une mort aussi bien qu’un mariage; car, dans toutes les cérémonies des Égyptiens, on reconnaît ce mélange d’une joie plaintive ou d’une plainte entrecoupée de transports joyeux qui déjà, dans le monde ancien, présidaient à tous les actes de leur vie.

Le reïs avait fait amarrer notre barque à un pieu planté dans le sable, et se préparait à descendre. Je lui demandai si nous ne faisions que nous arrêter dans le village qui était devant nous. Il répondit que nous devions y passer la nuit et y rester même le lendemain jusqu’à trois heures, moment où se lève le vent du sud-ouest (nous étions à Pépoque des moussons).

« J'avais cru, lui dis-je, qu’on ferait marcher la barque à la corde quand le vent ne serait pas bon.

— Ceci n’est pas, répondit-il, sur notre traité. »

En effet, avant de partir, nous avions fait un écrit devant le cadi; mais ces gens y avaient mis évidemment tout ce

u’ils avaient voulu. Du reste, je ne suis jamais pressé arriver, et cette circonstance, qui aurait fait bondir d’indignation un voyageur anglais, me fournissait seulement

(IT, 18) et par Clot-bey (II, p. 84). Le naz est une sorte de flûte: le rebab est un instrument monocorde dont on joue avec un archet, et dont le son imite la voix humaine.

1. Le texte de Gérard porte ressemblent. Mais le texte de W. Lane semble prouver qu’il s’agit là d’une coquille, que nous croyons devoir corriger.

2. On trouve dans W. Lane (chapitre sur les fêtes privées) le texte de cette brève chanson poétique : « © wuits de plaisirs ! O nuits de joie ! — Plaisir et soubaït accompli quand les amis s’assemblent — Favorise, Ô Seigneur, la pure lumière — Ahmad, l'élu, chef des apôtres. » De même Clot-bey (I, p. 73, cité par G. Rouger) évoque ces « pefits poèmes » qui € se erminent le plus souvent par les mots : oh nuit ! ob nuit ! ». Certes

Gérard à bien pu entendre plusieurs fois cette chanson, mais en comprenait-il le sens ?

l’occasion de mieux étudier l’antique branche, si peu frayée, par où le Nil descend du Caire à Damiette.

Le reïs, qui s’attendait à des réclamations violentes, admira ma sérénité. Le halage des barques est relativement assez coûteux; car, outre un nombre plus grand de matelots sur la barque, il exige l’assistance de quelques hommes de relais échelonnés de village en village.

Une cange contient deux chambres, élégimment peintes et dorées à l’intérieur, avec des fenêtres grillées donnant sur le fleuve, et encadrant agréablement le double paysage des rives; des corbeilles de fleurs, des arabesques compliquées décorent les panneaux; deux coffres de bois bordent chaque chambre, et permettent, le jour, de s’asseoir les jambes croisées, la nuit, de s’étendre sur des nattes ou sur des coussins. Ordinairement la première chambre sert de divan, la seconde de harem. Le tout se ferme et se cadenasse hermétiquement, sauf le privilège des rats du Nil, dont il faut, quoi qu’on fasse, accepter la société. Les moustiques et autres insectes sont des compagnons moins agréables encore; mais on évite la nuit leurs baisers perfides au moyen de vastes chemises dont on noue l’ouverture après y être entré comme dans un sac, et qui entourent la tête d’un double voile de gaze sous lequel on respire parfaitement.

Il semblait que nous dussions passer la nuit sur la barque, et je m'y préparais déjà, lorsque le reïs, qui était descendu à terre, vint me trouver avec cérémonie et m'invita à accompagner. J'avais quelque scrupule à laisser l’esclave dans la cabine; mais il me dit lui-même qu’il valait mieux emmener avec nous.

ITT LE MUTAMHIR *

En descendant sur la berge, je m'’aperçus que nous venions de débarquer simplement à Choubrah. Les jardins du pacha, avec les berceaux de myrte qui en décorent l’entrée, étaient devant nous; un amas de pauvres maisons bâties en briques de terre crue s’étendait à notre gauche

des deux côtés de l’avenue; le café que j'avais remarqué bordait le fleuve, et la maison voisine était celle du reïs, qui nous pria d’y entrer.

C'était bien la peine, me disais-je, de passer toute la journée sur le Nil; nous voilà seulement à une lieue du Caire ! J'avais envie d’y retourner passer la soirée et lire les journaux chez madame Bonhomme; mais le reïs nous avait déjà conduits devant sa maison, et il était clair qu’on y célébrait une fête où il convenait d’assister.

En effet, les chants que nous avions entendus partaient de là; une foule de gens basanés, mélangés de nègres purs, paraissaient se livrer à la joie. Le reïs, dont je n’entendais qu’imparfaitement le dialecte franc assaisonné d’arabe, finit par me faire comprendre que c'était une fête de famille en l’honneur de la circoncision de son fils. Je compris surtout alors pourquoi nous avions fait si peu de chemin.

La cérémonie avait eu lieu la veille à la mosquée, et nous étions seulement au second jour des réjouissances. Les fêtes de famille des plus pauvres Égyptiens sont des fêtes publiques, et l’avenue était pleine de monde : une trentaine d’enfants camarades d’école du jeune circoncis (zutabir), remplissaient une salle basse; les femmes, parentes ou amies de l’épouse du reïs, faisaient cercle dans la pièce du fond, et nous nous arrêtâmes près de cette porte. Le reïs indiqua de loin une place près de sa femme à l’esclave qui me suivait, et celle-ci sans hésiter alla s’asseoir sur le tapis de la Æhenoun (dame), après avoir fait les salutations d'usage.

On se mit à distribuer du café et des pipes, et des Nubiennes commencèrent à danser au son des /arabouks (tambours de terre cuite), que plusieurs femmes soutenaient d’une main et frappaient de l’autre. La famille du reïs était trop os sans doute pour avoir des almées blanches; mais es Nubiens dansent pour leur plaisir. Le /# ou coryphée faisait les bouffonneries habituelles en guidant les pas de quatre femmes qui se livraient à cette saltarelle éperdue que j’ai déjà décrite, et qui ne varie guère qu’en raison du plus ou moins de feu des exécutants.

Pendant un des intervalles de la musique et de la danse, le reïs m'avait fait prendre place près d’un vieillard qu’il me dit être son père. Ce bonhomme, en apprenant quel était mon pays, m’accueillit avec un juron essentiellement français, que sa prononciation transformait d’une façon

comique. C'était tout ce qu’il avait retenu de la langue des vainqueurs de 98. Je lui répondis en criant : « Napoléon ! » Il ne parut pas comprendre. Cela m’étonna; mais je songeai bientôt que ce nom datait seulement de l'empire. « Avezvous connu Bonaparte ? » lui dis-je en arabe. Il pencha la tête en arrière avec une sorte de rêverie solennelle, et se mit à chanter à pleine gorge :

Ya salam, Bounabarteb !

Salut à toi | Bonaparte |

Je ne pus m'empêcher de fondre en larmes en écoutant ce vieillard répéter le vieux chant des Égyptiens en l’honneur de celui qu’ils appelaient le sultan Kébir1. Je le pressai de le chanter tout entier; mais sa mémoire n’en avait retenu que peu de vers,

« Tu nous as fait soupirer par ton absence, ôÔ général qui prends le café avec du sucre ! 6 général charmant dont les joues sont si agréables, toi dont le glaive à frappé les Turcs ! salut à toi |

« O toi dont la chevelure est si belle ! depuis le jour où tu entras au Caire, cette ville à brillé d’une lueur semblable à celle d’une lampe de cristal; salut à toi?! »

Cependant, le reïs, indiflérent à ces souvenirs, était allé du côté des enfants, et l’on semblait préparer tout pour une cérémonie nouvelle.

En effet, les enfants ne tardèrent pas à se ranger sur deux lignes, et les autres personnes réunies dans la maison se levèrent; car il s’agissait de promener dans le village l’enfant qui, la veille déjà, avait été promené au Caire. On amena un cheval richement harnaché, et le petit bonhomme, qui pouvait avoir sept ans, couvert d’habits et d’ornements de femme (le tout emprunté probablement), fut hissé sur la selle, où deux de ses parents le maintenaient de chaque côté. Il était fier comme un empereur, et tenait, selon

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