‹ Gérard de Nerval, la vie et l'œuvre, 1808-1855Chapitre 4 sur 16 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Premier voyage en Allemagne. — Tableau de l'Allemagne.

— Léo Burckart. — Nouveau voyage en Allemagne. — Ses péripéties. — Bade, Francfort, Heidelberg, Mannheim.

— Gérard et la Censure. — Représentation de Léo Burckart. — Voyage à Vienne. — Les amours de Vienne. — Nouvelle passion. — Gérard et Jenny Colon à Bruxelles. — ■ Premier accès de folie. — Ses phases. — Gérard guéri.

— 11 repart pour Vienne. — Lettre à son père. — Retour à Paris. — Mort de Jenny Colon. — Départ de Gérard pour l'Orient.

Nous avons vu Gérard promener ça et là, à travers la France, l'Italie et les Flandres, ses caprices de vagabond et d'artiste ; cependant il ne connaissait pas encore cette Allemagne à laquelle l'intéressaient dès longtemps ses travaux et ses rêves, et qu'il aurait dû, semble-t-il, parcourir tout d'abord. Champfleury* place un premier voyage de Gérard en Allemagne après la

* Grandes figures d'hier et d'aujourd'hui. 1861.

traduction de Faust et avant ses relations avec les Romantiques, par conséquent vers 1828-29; mais cela n'est rien moins qu'invraisemblable. En eiïet, Gérard, qui était à cette époque, nous nous en souvenons, un petit garçon bien sage chargé de lauriers universitaires, et tressant la Couronne poéLique de Béranger, n'eût pas tenté seul encore pareil voyage. S'il l'eût fait, c'eût été avec le consentement de son père, chez qui il habitait alors, et avec qui il n'eût pas manqué de correspondre. Or, nous n'avons absolument ni lettres, ni notes de journal, ni rien l'établissant, ce qui est bien étonnant. D'ailleurs, malgré sa jeunesse et sa timidité, Gérard aurait-il pu voir l'Allemagne sans rendre visite à Gœthe qui connaissait sa traduction et l'avait approuvée par le billet que nous savons.^ Nous ne le pensons pas. Ce n'est que bien plus tard, dans deux articles publiés par la Charte de i83o (les 18 octobre et i*'" décembre i836) et intitulés le Rida à Baie et une Soirée d'automne, extrait inédit du journal d'un voyageur enthousiaste, que Gérard parle de l'Allemagne pour la première fois. Encore ces deux articles ne sontils guère un document biographique, Gérard n'y fournissant presque aucun renseignement matériel. Mais, en revanche, le dernier (Une Soirée d'automne) a une certaine importance littéraire et physiologique, car il s'y révèle

tout à coup un Gérard que nous ne connaissons pas, celui que la folie va prendre et qui, dans dix-huit ans, écrira Aurélia sous sa dictée.

Il s'agit d'une nuit romantique d'orage et d'éclairs. Est-ce un rêve ou une réalité? C'est dans la campagne, a peu de distance de Berlin, il tonne et il éclaire de temps en temps, et Gérard marche sous la pluie, halluciné par la tourmente déchaînée autour de lui. C'est (( un bruit, un froissement, un cliquetis, des ronflements de basse, des éclats de tonnerre, ou des mugissements comme de grandes eaux » . Un relais de poste est là, sur la route; Gérard y entre, et trouve dans un coin, (( pâle, pleurante )), abandonnée, une malheureuse enfant qu'il essaie de consoler, non par des paroles, (( mais par la douce influence magnétique d'une âme qui s'en va réchaufler une autre âme* ». Chose étrange, cette enfant s'appelle Aurélia. Mais noni c'est Gérard qui la nomme ainsi pour l'identifier avec l'idole qu'il veut voir partout, et c'est là tout ce qu'il rapporte de son premier voyage d'Allemagne. Ce voyage eut donc lieu pendant l'automne de i836, peutêtre en septembre, si l'on en croit la date des

* La Charte de 1830. Collection de M. Spœlbcrch de Lovenjoul. Fragments cites par M^^"= Julia Cartier.

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