Promenades et Souvenirs, ch. vr, Héloïse
Ils reviendront d’ailleurs animer ces retraites, les survivans des galanteries périmées, lorsqu’après 1815 le domaine de Chantilly aura fait retour au dernier des Condé. Les meutes et les fanfares résonnent à nouveau dans les bois, échos réveillés d’un passé déjà si lointain... Ces veneurs, qui entourent le duc de Bourbon, sont, comme lui, des vieillards blanchis dans l’exil : Gérard regarde avec intérêt ces revenans d’une autre époque, dont sa génération n’a point connu la jeunesse et qui doivent rester pour elle des étrangers : mais, au milieu des casaques bleues de l’équipage chenu, une belle chasseresse mêle le contraste de sa jeunesse triomphante. Un port majestueux, une aisance de reine, le charme étranger de sa fraîche beauté anglaise, l’empressement galant de ces vieux seigneurs, tout avive autour d’elle la curiosité et l’intérêt. Elle s’appelle Sophie Dawes et sera bientôt la baronne Adrien de Feuchères. Une rumeur officieuse la désigne comme une fille naturelle du duc de Bourbon, le fruit romanesque d’une intrigue d’émigration. Mais, dans l’entourage du prince, on chuchote en souriant une plus commune et moins touchante aventure L
Un jour Gérard a vu surgir, à l’orée de la forêt, la fantasque amazone, et il n’oubliera plus le sourire et le geste gracieux dont elle répondit à son salut. Peut-être l’aperçut-il encore, un soir, dans une de ces rondes champêtres où elle aimait à se mêler... Mais nous aurons à revenir sur l’impression que laissa cette apparition dans l’âme émerveillée du jeune Labrunie 2.
De ce séjour encore il recueille une autre influence, non moins funeste à son esprit, et qui aura sur sa vie entière de profondes répercussions. Les nécessités de la guerre, en maintenant le petit Gérard à Mortefontaine, continuent, dans l’ordre intérieur, la chaîne des fatalités. Ermenonville, retraite philosophique élue par Jean-Jacques, fut aussi, au xvme siècle, l’asile d’un cénacle d’illuminés. Autour de ce château, René de Girardin a composé des décors d’idylle antique et traduit, l’un des premiers, dans l’art des jardins, le naturel apprêté et les factices paysages inspirés des descriptions de Rousseau, des poésies de Gessner et des tableaux d’Hubert Robert. La même esthétique sentimentale a