‹ Gérard de Nerval, le poète, l'hommeChapitre 106 sur 229 · Alfred Delvau, Gérard de Nervcd · texte numérisé non relu

Alfred Delvau, Gérard de Nervcd

Philarète Chasles traçait, en 1855, cette silhouette : « Un petit Allemand aux longs cheveux blonds, qui formaient deux ondes ou plutôt deux oreilles d’or pendantes sur ses propres oreilles, aux yeux bleus, grands et naïfs, vraies prunelles Scandinaves, incertaines et chatoyantes, comme si la fixité les ennuyait,... Méphisto bon enfant... 1 » Le traducteur de Goethe était tout désigné pour faire connaître le nouveau venu, le seul d’ailleurs, entre les jeunes écrivains, qui sût assez d’allemand pour entreprendre de le traduire. C’est Renduel qui, le premier, en fit la demande à Gérard, mais celui-ci, invoquant la nécessité d’autres travaux (66), avait d’abord refusé. 2 II revint plus tard sur son refus et, pendant plusieurs années, s’appliqua à cette tâche avec une conscience, dont une lettre, datée de Bruxelles du 6 novembre 1840, atteste les scrupules :

«J’ai profité, écrit-il à Heine, des loisirs que le mauvais temps m’a laissé souvent pour traduire le plus que j’ai pu... J’éprouve parfois de grandes difficultés, moins pour comprendre que pour rendre. L’admirable richesse de certains détails me laisse parfois dans l’incertitude si je dois germaniser la phrase ou rendre par un équivalent français; mais, comme vous m’avez promis votre aide, j’ai laissé les points les plus graves pour vous les soumettre, de manière seulement à ne pas vous faire perdre trop de temps. 3 »

« Sans beaucoup comprendre la langue allemande, a dit Henri Heine de son traducteur, il devinait mieux le sens d’une poésie écrite en allemand que ceux qui avaient fait de cet idiome l’étude de toute leur vie... »

En mars 1848, les deux poètes se réunissaient chaque soir en la retraite de Heine, près de la barrière de la Santé, pour collaborer à la traduction du Buch der Lieder , des Ilomanzen et de Y Intermezzo. Oh ! les heures divines qu’ils consumaient alors, dans la sérénité de leur solitude, sourds aux tumultes de la grande ville, qui cependant leur apportaient la rumeur d’une révolution! Seule veillait sur ces soirées la gentille compagne dont le sourire adoucissait la

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