‹ Gérard de Nerval, le poète, l'hommeChapitre 110 sur 229 · LE MARQUIS DE FAYOLLE · texte numérisé non relu

LE MARQUIS DE FAYOLLE

inquiétude... Mais Ernesta va bien. 1 2 Une autre lettre, vers la fin de juin, rassure Gautier : le choléra a diminué de plus de moitié, et l’état de siège est moins sévère. A la suite du texte de Gérard, dans un post-scriptum où s'affirme la confiance de cette fraternelle intimité, Ernesta trace quelques lignes malhabiles pour « son cher Théo » — « Mon petit bibi, — termine-t-elle, — je t’embrasse de toute mon âme. 2 » A la fin d’août, Gautier n’est pas encore rentré : Ernesta séjourne à Fontainebleau, et Gérard continue de pourvoir à tout : « Ma chère Ernesta, lui écrit-il le 30 août, je n’ai pu toucher l’argent qu’aujourd’hui mercredi : écrivez au bureau de l’Arlisie, 17, quai Malaquais... 3 »

Du Marquis de Fayolle il ne sera plus question. Plus tard cependant, après la mort de Gérard, Ed. Gorges publiait, le 1er mars 1856, un Marquis de Fayolle complété par lui, et annonçait, dans sa préface, qu’en souvenir d’une amitié ancienne, il avait voulu finir ce roman, dont il déclarait avoir donné la première idée à Gérard en 1848.

« Ce sera une larme à sa mémoire, une fleur sur sa tombe », concluait-il. On rencontre de ces piétés : celle de Gorges consista à ajouter les plus médiocres chapitres de roman-feuilleton à des pages, qui, sans être des meilleures de Gérard, attestent quand même la main de l’écrivain.

Bien plus caractéristiques de son talent et révélateurs de sa pensée sont les récits que, vers l’automne de 1850, il destine aux lecteurs du National sous le titre Angélique ou les Faux Saulniers. Là, sa fantaisie et sa verve d’essayiste se donnent libre carrière. Tout ce qu’il y a de charme ému dans ses œuvres des dernières années flotte déjà dans l’humour capricieux de ces lettres : la recherche bibliophilique du manuscrit de l’Abbé de Bucquoy (68), la pittoresque aventure de la belle Angélique de Longueval se compliquent d’incidens drolatiques à la Sterne, s’interrompent, çà et là, de digressions où s’évoquent les souvenirs et les paysages du Valois.

Or ce n’est pas, on le pense bien, pour éluder l’absurde loi Tinguy et l’amendement Riancey, que Gérard affecte ironiquement de disjoindre les tableaux et les digressions

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