‹ Gérard de Nerval, le poète, l'hommeChapitre 119 sur 229 · Lettre inédite, sans date. Communiquée par M. Léon Séché · texte numérisé non relu

Lettre inédite, sans date. Communiquée par M. Léon Séché

puis la lecture d’une pièce de Lucas lui avait suggéré l’idée d’une fusion des deux scénarios. En le félicitant du succès de l'Imagier , Lucas rappela sans doute ce projet à Gérard, qui, aussitôt rétabli, reprit ses ébauches, et, dans la lettre suivante, nous fait connaître le sujet et les sources du drame :

« Mon cher Lucas, voici les deux matériaux. Je vous les laisse lire afin que nous puissions en causer. Je viendrai dans trois ou quatre jours. Les noms ne sont pas les mêmes; ce sont deux versions de la même histoire. Enfin nous verrons ce qu’on pourrait asseoir dessus. Il faudra peut-être aussi demander l’Hypnerolomachie ou le Songe de Polgphile (73) à la bibliothèque.1 »

Enfin une autre lettre précise l’adaptation qu’en propose Gérard à son collaborateur :

« Mon cher ami, c’est bien l’idée que j’avais eue d’abord. La Flûle enchanlée va comme de cire pour les deux sujets. Notre donnée de Francesco fait disparaître tout le commun d 'Aurore, où il y a deux ou trois scènes et un dénouement remarquables. Je crois que le caractère de la rivale est très bien, et la supposition d’une femme chargée de remplacer la morte par sa ressemblance, rentre bien dans le sujet tel que je l’avais conçu ; l’intervention de l’Inquisition et Francesco qui veut briser le prestige forment une scène essentiellement dramatique et le dénouement d 'Aurore est parfait. La scène où le comique fait des prodiges est très bonne, comme vous le disiez. Il y aura de plus la soubrette, qui le lutine, comme dans la Flûte enchantée. J’irai d’ici à deux ou trois jours élucider le sujet avec vous. J’en cherche la combinaison. Voyez un peu l’histoire d’Italie au temps des Médicis. Il faut, je crois, que Francesco soit fils d’un Médicis ou d’un souverain quelconque assassiné, ou fils inconnu, perdu, ou souverain lui-même, ou petit-fils du Grand-Duc ; car il ne faut rien négliger pour donner de l’importance à l’épreuve qui ne doit pas porter seulement sur l’amour, en ce que trop de gens y sont intéressés. Enfin nous verrons cela. — Votre ami : Gérard de Nerval.

« Ne dites pas pour cause que nous travaillons à cela. »

Hippolyte Lucas a écrit, à la suite, de sa main, ces lignes :

« Il s’agissait dans cette lettre, autant que je puis me souvenir, d’adapter un nouveau poème à la Flûle enchanlée de Mozart.

1. Lettre à Hippolyte Lucas, à la suite de Portraits cl Souvenirs.

LA RECHUTE

Gérard m’avait apporté un scénario et je lui avais en retour communiqué une pièce intitulée Aurore , et qui est imprimée dans le Répertoire des Variétés étrangères. C’est après avoir lu cette comédie, tirée de l’allemand, que Gérard me répondit les lignes qui précèdent : J’attendis Gérard, il ne vint pas !... »

Il était distrait par d’autres soins, tels que la publication d’ensemble des Illuminés , des négociations pour la cession de cet ouvrage à des éditeurs anglais1, la mise au jour des Pelils Châteaux de Bohême, chez Didier, celle de Lorelij, chez Giraud et Dagneau, des projets avec Buloz, un voyage en Hollande...

Il partait en mai 1852 et s’arrêtait à Bruxelles où il visitait Dumas : celui-ci hébergeait alors, dans son appartement du boulevard de Waterloo, le représentant proscrit Noël Parfait, qui lui servait de secrétaire. Il se rendait ensuite à Anvers, d’où il écrivait à Stadler, le 12 mai :

« ...Je me suis arrêté partout sur ma route, et à Bruxelles où l’on m’a trop nourri. Je me mets aujourd’hui au régime du hareng saur, car, en quittant Bruxelles, j’ai été affligé ce matin d’un beefsteak de 92 centimes. Ils sont meilleurs à 75, chez Véry. C’est d’ailleurs la seule dépense culinaire que m’ait coûté mon séjour, mais le reste! Le D... est très bien logé avec le Parf... et sa fdle. Il magnétise une boulangère hystérique et lui fait faire des contorsions surprenantes dont elle n’a plus de souvenirs au réveil... Je me suis un peu amusé à la Kermesse d’Ixelles, dimanche passé. Arrivons au sérieux. Remettez la lettre incluse à Georges ; elle contient ceci de grave, que je suis fâché qu’il ne soit plus temps, ce 12, de vous prier d’aller donner congé de ma turne2. S’il était encore temps, faites-le, mais ne vous en préoccupez pa's autrement. Adieu. 3 »

Il se rend ensuite en Hollande et, au retour, écrit à Méry une lettre datée de Gand : sa bourse est vide, car il a dépensé les 125francs qu’il avait au départ et emprunté 200 francs... Mais il est satisfait de sa santé : Il se lève de bonne heure et a recouvré l’appétit ; « sa figure ressemble à une pomme, il est redevenu un homme... 4 »

1 . Lettre à Buloz (5 août 1852). Correspond., publ. par M. J. Marsan, 1. LXXV.

2. Il s’agit de son appartement delà rue du Mail, n° 9, dont la location était au nom de Stadler.

3. Lettre à Stadler. Correspondance, publ. par M. J. Marsan, 1. LXI.

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