‹ Gérard de Nerval, le poète, l'hommeChapitre 121 sur 229 · GÉRARD DE K ER VAL · texte numérisé non relu

GÉRARD DE K ER VAL

des Deux Mondes du 15 juin 1852. Le prix de ce travail ne l’a pas défrayé de ses dépenses de voyage et il s’en plaint à Buloz, dans une lettre du mois d’août suivant :

« Vous allez voir, lui dit-il à propos d’un nouvel article qu’il doit terminer pour la fin d’août, que cela me coûtera plus que cela ne me rapportera, comme le voyage en Hollande... » Il est alors question d’un séjour dans le Valois, de la description d’une chasse à la loutre, de détails de mœurs qui motivent un nouveau déplacement. L’article, qu’il déclare fini, ne fut pas publié, du moins sous sa première forme. Il n’est fait à la chasse à la loutre qu’une courte allusion dans les Promenades el Souvenirs, et les paysages qu’il prend dans le Valois ne seront utilisés que l’année suivante pour la composition de Sylvie.

Le 3 juin, il avait annoncé à Janin son rétablissement, au retour de Hollande, en même temps qu’il le prévenait de la publication de Lorely, dont l’introduction lui était dédiée. Il signait en effet, le 10 juin, un traité avec Giraud et Dagneau pour la publication, en format in-18, de Lorely, souvenirs d'Allemagne. Cette cession était consentie moyennant 150 francs pour la première édition (74).

Ce n’était pas une telle opération qui devait remédier à sa gêne. Encore n’aurait-il pas, s’il faut en croire certaine anecdote, reçu comptant le prix de ce traité, pour lequel ses éditeurs lui auraient souscrit un billet à ordre. N’est-ce pas à cette occasion que Champfleury nous montre Gérard, peu confiant dans le recouvrement, imaginer de faire présenter cet effet par un fort de la Halle? « Je sais, aurait-il dit, un moyen certain d’être payé. Je connais un fort de la Halle, un homme de six pieds, qui a les épaules carrées et l’air farouche. Je vais lui donner le billet... Je suis certain qu’il sera payé immédiatement... Ces gros hommes ont une façon terrible de présenter les billets à ordre. » Boutade d’humoriste, que Champfleury affecte de présenter comme un propos de fou ! 1

Bientôt Gérard n’a plus le sou vaillant. Depuis longtemps il connaît ces alternatives d’aisance et de dénûment, et jusqu’alors il a su s’adapter aux mois de disette. Il sait, quand il faut, se suffire de si peu ! En mars 1849, il avoue à Champfleury, qui le rencontre à l’ArlisIe, n’avoir pas dé-

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