Promenades et Souvenirs, ch. i
les flammes », provoquait, dit Champfleury, la vénération de Gérard...1 «
Hâtons-nous d’ajouter qu’il ne s’y livrait à aucun excès de boire et que ni l’alcool ni les autres toxiques cérébraux n’eurent de part appréciable dans sa maladie. Il savait, des mois entiers, s’abstenir de vin, se contenter d’un ordinaire cénobitique. Nulle joie grossière, nulle jouissance inférieure des sens n’avaient de prise sur cette nature où régnait l’esprit. Il en fut de tous ses plaisirs comme de l’amour : il ne s’y attachait qu’autant qu’il s’y associait quelque chose de rare ou de poétique, une illusion ou un souvenir. Les vins célébrés par les poètes, un flacon de Falerne ou de Syracuse, eussent été seuls dignes d’orner pour lui quelque idéal banquet. Ses stations attardées aux Halles ou à Montmartre, chez la mère Saget, Baratte ou Paul Niquet, le verjus offert à quelque chiffonnière du temps de Barras, n’étaient que prétextes à documentation pittoresque, qu’incidents de la vie bohémienne héritée de Gringoire ou de Restif de la Bretonne. Sa fraîcheur d’àme et sa fantaisie de poète excluaient d’ailleurs les jouissances de luxe et les plaisirs coûteux, lui faisaient préférer les joies modestes qu’il savait rehausser de bonne humeur et d’imprévu. Les parties qu’il affectionnait, c’était, en un coin de banlieue, un repas sous la tonnelle, où sa conversation éblouissait « comme une pluie d’étoiles2 ». Un soir d’été qu’il voulait offrir à dîner à Georges Bell et à Philibert Audebrand, il les amena, conte ce dernier, dans un petit cabaret, aux environs de l’Arc de triomphe, quartier alors presque désert : il leur fit servir une soupe aux choux et une tranche de jambon, le tout arrosé de petit vin d’Argenteuil. « Eh ! comment avez-vous trouvé cette orgie? » demandait-il au retour... Or, ajoute Audebrand, ç’avait été un régal digne des dieux, puisqu’il avait causé tout le temps3. Néanmoins, le sybarite, qui déjeunait d’une flûte et dînait à douze sous, se flattait de découvrir les spécialités rares, enseignait des provenances qu’il était seul à connaître. « Il savait, dit Monselet, qui lui-même s’y entendait, où 1 on débite la meilleure eau-de-vie de