‹ Gérard de Nerval, le poète, l'hommeChapitre 129 sur 229 · Ph. Audebrand, Petits mémoires du XIXe siècle · texte numérisé non relu

Ph. Audebrand, Petits mémoires du XIXe siècle

Dantzik, où l’on vend telle exquise blanquel te de Limoux... Cet épicier, qui est au coin de la ru# Montpensier, tient toujours chaud un excellent punch au thé. On ne peut savourer de délicieux chocolat qu’au carré des Halles, à deux heures du matin, dans un café où dorment des maraîchers et des paysannes encapuchonnées. 1 »

Une nuit, le 24 août, huit jours après la publication de Sylvie, l’égarement se manifeste dans un café du boulevard où il a soupé; il se met à jeter en l’air des pièces de monnaie ; puis, aux Halles, il se prend de querelle avec un inconnu, auquel il donne un rude soufflet; plus loin, il s’attaque à un facteur, portant sur sa poitrine une plaque d’argent, qu’il croit être l'effigie du duc Jean de Bourgogne. A Saint-Eustache, il s’agenouille à l’autel de la Vierge et les pleurs que lui fait verser le souvenir de sa mère calment un peu son exaltation. Il se rend de là chez son père où, en l’absence de celui-ci, il dépose pieusement un bouquet de marguerites. Au Jardin des Plantes, où il entre ensuite, il reste quelque temps à regarder l’hippopotame. Champfleury veut même qu’il lui ait lancé son chapeau, ce qu’il induit sans doute du texte d 'Aurélia, où Gérard explique qu’il s’est arrêté rue du Coq pour acheter un autre chapeau... La vue des monstres exposés aux galeries d’ostéologie le fait songer au déluge, et comme, à ce moment, il tombe une averse dans le jardin, il croit à un nouveau cataclysme. Pour le conjurer, il jette dans le ruisseau un anneau d’argent qu’il vient d’acheter, et aussitôt l’orage s’apaise, le soleil recommence à luire : ce sont les mêmes illusions qui ont marqué l’apparition de la première crise (78).

Un peu de calme lui est revenu, et il se rend chez Georges Bell, avec lequel il a rendez-vous. Celui-ci, le voyant mouillé et fatigué, le fait changer de vêtemens et s’étendre sur un lit. Une apparition merveilleuse visite alors son rêve : c’est la déesse Isis qui lui parle ainsi : « Je suis la même que Marie, la même que ta mère, la même aussi que, sous toutes les formes, tu as toujours aimée... A chacune de tes épreuves j’ai quitté l’un des masques dont je voile mes traits, et bientôt tu me verras telle que je suis... » Un verger délicieux, une lumière de paradis entourent cette vision, et il se sent plongé dans une ivresse céleste. A son réveil, il

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