‹ Gérard de Nerval, le poète, l'hommeChapitre 136 sur 229 · Sur ce nom, voir supra, ch. i et ni · texte numérisé non relu

Sur ce nom, voir supra, ch. i et ni

3. A. Houssaye, Pages inéd. de Gérard de Nerval (/’ Artiste, 1875). Il s agit ici encore de Mme Alexandre Labrunie.

et de prostration. Aussi ne peut-il être question de liberté, ni même de la moindre sortie. Aux derniers jours de novembre, l’égarement paraît avoir disparu, mais la pensée qui renaît est teintée d’une mélancolie que le mois des morts et les anniversaires funèbres ont encore assombrie ; sa réclusion lui pèse : par prières et suppliques, il adjure le Dr Blanche de lui rendre la liberté :

« Mon cher Émile, — lui écrit-il le 25 novembre, — si vous m’avez vu pleurer hier, ne croyez pas que ce fût par faiblesse; seulement je pensais que nous ne nous comprenions plus. Or c’est assez faire le fou quand on est raisonnable et ce n’est pas le jour anniversaire de la mort de ma mère que j’en aurai le courage. J’ai foi dans votre promesse, vous assemblerez quelques-uns de mes amis, et l’on verra si je ne jouis pas aujourd’hui de ma complète raison. Croyez que je n’en profiterai jamais pour prétendre que je n’ai jamais eu besoin de vos soins. Au contraire, vous m’avez sauvé sans doute d’une congestion cérébrale, résultat d’un excès de travail après la maladie qui m’avait conduit chez Dubois. Oui, je le disais hier sincèrement, je vous aime comme un parent, comme un frère. Votre voix a réveillé en moi le souvenir des Dublanc, que j’ai toujours chéris, ainsi que mon oncle, leur père. Je regrette que les circonstances m’aient si longtemps séparé d’eux. Ayez la bonté, mon cher Blanche, de leur faire parvenir mes lettres et j’espère qu’ils voudront bien oublier ma négligence. J’ai besoin aujourd’hui, non seulement d’un conseil d’amis, mais d’un conseil de famille, puisque les choses en sont venues à ce point. J’espère me rendre digne de la liberté qu’on m’accordera sans doute, même sous votre surveillance, et sans laquelle il m’est impossible de mettre ordre à mes affaires de famille et à ma situation littéraire. Votre ami : Gérard Labrunie de Nerval. — Le 25 novembre 1853.

« Je vous prie aussi d’excuser les plaisanteries extravagantes ou de mauvais goût dont ma gaieté naturelle se servait comme d’une défense. Mes réflexions et vos conseils m’ont dicté une autre conduite désormais. 1 »

C’est la même idée de consultation de famille, qui le fait écrire à tous ses amis, à tous ses parens, même à ceux qu’il n’a pas vus depuis longtemps, pour leur affirmer son retour à la santé de l’esprit. Le 26 novembre, il écrit au Dr Évariste Labrunie :

« Mon cher cousin, je vous ai paru sans doute assez étrange

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