‹ Gérard de Nerval, le poète, l'hommeChapitre 137 sur 229 · Lettre inédite. Coliect. Henri Houssaye · texte numérisé non relu

Lettre inédite. Coliect. Henri Houssaye

la dernière fois que je vous ai vu. Excusez-moi. Je croyais nécessaire de prendre gaiement ma situation assez pénible, celle de passer pour un fou. Les conseils de mon ami Émile Blanche m’ont éclairé et la pensée des affaires sérieuses qui réclament mon temps et mes soins, m’a décidé enfin à changer de conduite. Désormais vous ne trouverez en moi qu’un bon parent, comme je crois l’avoir toujours été, mais surtout un homme de sens, comme du moins l’ont prouvé mes écrits. Oubliez les trois mois qui viennent de se passer et venez me voir chez M. Blanche, qui, cette fois, je l’espère, me croira digne de serrer la main à mon plus proche parent. Je t’embrasse : Gérard Labrunie. 1 »

Mais le Dr Blanche, qui connaît la pensée de Gérard, écrit de sa main an bas de cette lettre :

« Mon cher et honoré confrère, je vous serai très obligé de vouloir prendre la peine de venir à Passy, soit demain dimanche, soit lundi, de trois à quatre heures. J’ai absolument besoin de vous parler au sujet de Gérard. Votre tout dévoué confrère : Émile Blanche. Passy, le 26 novembre 1853. »

Gérard, cependant, tout à son idée, écrit le lendemain, 27 novembre, les quatre lettres suivantes :

A Georges Bell :

« Venez donc me voir à Passy, vous ou votre père. Vous ne savez quel plaisir cela me fera. Je m’ennuie beaucoup et je voudrais vous témoigner toute ma reconnaissance de votre bon souvenir. J’ai beaucoup à travailler pour arranger mes affaires. L’hiver avance et le courage me manque, en voyant que je puis disposer de si peu de temps et de si peu de liberté. Votre ami : G. de Nerval. 2 »

A son cousin Dublanc, fds de son oncle Gérard :

« Mon cher Dublanc. Il y a bien longtemps que je ne suis allé te voir et j’étais malade déjà quand j’ai appris le mariage d’un de tes fds, qui nous aurait rapprochés. [Tu sais, du reste, combien les goûts de solitude de mon père ont influé sur moi.] Mais maintenant, je commence à comprendre les charmes de la sympathie pour des parens qui m’ont toujours été bons. [Les souvenirs de mon oncle et de ma tante se sont ravivés dans mon cœur pendant une période de cette singulière maladie qui est pour moi 1 âge critique, et dans laquelle on n’a vu sans doute que les apparences

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