‹ Gérard de Nerval, le poète, l'hommeChapitre 139 sur 229 · Lettre inédite. Coilect. Henri Houssaye · texte numérisé non relu

Lettre inédite. Coilect. Henri Houssaye

Docteur Labrunie recevra demain dimanche la visite de son fils. »

Cette faveur, le bon docteur ne pouvait la refuser au tendre fds qui l’implorait en termes si touchans :

« Ce samedi.

« Mon cher Monsieur Blanche, dans les momens où je vous vois, je peux à peine vous dire tout ce que j’ai sur le cœur. Considérez que, depuis dix ou douze jours que je ne sors plus, mes réflexions ne m’ont apporté que des sentimens purs et de bonnes résolutions. Maintenant oserai-je vous prier de me permettre d’aller demain dimanche voir mon père? Ce pauvre vieillard, auquel vous vous êtes intéressé, doit être bien triste ; ma vue et la certitude que je suis en bonne voie de guérison lui seront sans doute un soulagement. On vieillit vite à son âge et, au mien, le temps passe aussi. Par les pleurs que j’ai versés bien sincèrement au service de votre père, je vous conjure de me donner cette satisfaction. Ne croyez pas que je mette le plaisir de voir mes amis au-dessus d’un devoir si sacré. Je puis me résigner à recevoir rarement des visites, mais la vue de mon père relèverait ma force morale et me donnerait l’énergie de continuer un travail qui, je crois, ne peut être qu’utile et honorable pour votre maison. J’arrive ainsi à débarrasser ma tête de toutes ces visions qui l’ont si longtemps peuplée. A ces fantasmagories maladives, succéderont des idées plus saines, et je pourrai reparaître dans le monde comme une preuve vivante de vos soins et de votre talent. C’est moralement surtout que vous m’aurez guéri et vous aurez rétabli dans la société un écrivain qui peut encore rendre des services. C’est un ami surtout et un admirateur que vous avez conquis. Votre bien affectionné : Gérard de Nerval. 1 »

Le même exeal se retrouve en tête d’une autre lettre adressée, le même jour 3 décembre, au Dr Évariste Labrunie :

« Mon cher cousin, vous n’êtes pas revenu me voir; tâchez donc de prendre un moment. J’ai besoin de vous revoir et de vous prier de faire que M. Blanche prenne confiance en moi. Je voudrais bien voir mon père et lui montrer que ma tranquillité d’esprit est tout à fait revenue. A une telle maladie, il fallait sans doute une longue convalescence, mais je me sens de mieux en mieux, et digne de reconnaître tous les soins qu’on a pour moi. Un peu d’amitié et de bonheur me ferait tant de bien. C’est la distraction

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