‹ Gérard de Nerval, le poète, l'hommeChapitre 140 sur 229 · Lettre inédite. Collect. Henri Houssaye · texte numérisé non relu

Lettre inédite. Collect. Henri Houssaye

surtout que je demande, car, du reste, je me sens tout a fait bien. Je vous embrasse, ainsi que ma tante et ma cousine. 1 »

En tête, cette note du Dr Blanche : « Je voudrais bien que Monsieur le docleur Labrunie pût venir chercher Gérard demain dimanche vers les onze heures pour le conduire chez son père. — E. Blanche. »

L’amélioration qui a justifié cette sortie paraît s’être continuée tout ce mois de décembre. 11 reprend goût à ses travaux interrompus, en même temps que renaît le souci de ses obligations insatisfaites. Il exprime ces préoccupations dans une lettre du 12 décembre, plus saine de ton, mieux pénétrée des nécessités de son état :

« Mon cher Monsieur Blanche, je vous écris parce qu’il est bon que vous ayez cette lettre où je reconnais pleinement les soins intelligens que vous m’avez donnés et dont je ne me suis rendu compte qu’avec le temps. Depuis quelques jours seulement je suis à même d’analyser ma situation et de vous rendre toute justice et aussi toute reconnaissance. Il est évident que vous m’avez reçu, traité et obligé à vos dépens, ce qui fait que j’ai eu grand tort de dissiper les premiers fonds qui devaient vous revenir. Il est vrai que je ne vous l’ai pas caché, et aussi que je me croyais en état de gagner tant d’argent que cela ne me paraissait rien. Votre délicatesse est d’autant plus grande que Stadler m’avait dit qu’il n’y avait pas à compter de longtemps sur les fonds du Ministère et que dans tous les cas je ne voudrais pas y recourir.

« Dans cette situation, il y a à apprécier surtout ma position littéraire dont je ne voudrais pas déchoir. Considérez que dans ce cas je me trouverais, au sortir de votre maison, sans relations près des journaux et sans crédit près des libraires qui ne paient qu’en billets. Il ne faut donc pas que je disparaisse trop, sans quoi je me trouverais dans la position où j’étais quand j’ai voulu sortir de chez votre père et dont je n’ai été sauvé que parun long voyage. Quant à présent, il est bien difficile de déranger souvent mes amis dans une saison où le voyage de Passy n’est plus attrayant et où il leur reste le doute sur la responsabilité de ma conduite. Vous savez mieux que tous à quel point la réflexion a amené le retour de ma raison. J’espère donc que vous voudrez bien me faire accompagner, comme vous l’avez fait déjà, et seulement pour affaire, vous promettant dès à présent de vous rapporter tout l’argent que je pourrai recevoir. Il est nécessaire que je voie les

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