‹ Gérard de Nerval, le poète, l'hommeChapitre 14 sur 229 · Vers inédits. Collect. de l’auteur · texte numérisé non relu

Vers inédits. Collect. de l’auteur

Ce n’est point un accès isolé : plus loin, s’adressant à son condisciple Duponchel (11), il fulmine contre la poésie ossianique et ceux qui ont importé les brumeuses incantations des bardes galliques :

O toi, cher Duponchel, que ton mauvais génie A doué, comme moi, d’une sotte manie,

Et qui sais, à la rime asservissant tes mots,

Emprisonner un sens dans des mètres égaux,

Admirateur zélé du pur et beau classique,

Fuis surtout, fuis toujours le style romantique ;

Ah ! fuis, il en est temps, ces vers éblouissans

Où tout est pour l’éclat, où rien n’est pour le sens ; . . .

Oue le talent au moins reste national,

Laissons dans leurs marais les héros de Fingal Ressusciter encor leurs vieux titres de gloire ;

Mais n’allons pas sur nous leur donner la victoire,

Français, soyons Français, soyons indépendans...

... En vain depuis longtemps on prône l’Angleterre,

Quel auteur pourrait-elle égaler à Voltaire,

Qui pourrait à Rousseau préférer Richardson,

Shakespeare au grand Racine, à Corneille Thomson,

A Jean Rousseau Dryden et Milton à Delille ?

Le parallèle entre eux serait trop difficile... 1

Et ainsi de suite avec une intarissable virulence... Deux ans après, en 1827, alors qu’il a déjà publié, l’année précédente, les Élégies Nationales, il flagelle encore les romantiques dans son Nouveau Genre ou le Café d'un Théâlre, — mauvaise imitation de la médiocre Coniedia Nueva de Moratin, — un acte en vers qu’il n’acheva pas, et que terminera plus tard Arthus Fleury (12). Il y a repris l’apologie des classiques français, que Moratin opposaità Caldéron,et, dans son prologue, il ridiculise à souhait les procédés des novateurs :

La pièce de ce soir sera, sur ma parole,

Un triomphe complet pour la nouvelle école,

Rien pour cela n’y manque : effets, atrocités,

Contrastes, changemens, mépris des unités,

Une exécution ; trois ou quatre tempêtes,

Quelques assassinats, des danses et des fêtes...

Certes il est permis de sourire à ces diatribes d’adolescent, de n’y voir que langage d’infidèle que n’a point touché

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