Vers inédits. Collect. de l’auteur
Ce n’est point un accès isolé : plus loin, s’adressant à son condisciple Duponchel (11), il fulmine contre la poésie ossianique et ceux qui ont importé les brumeuses incantations des bardes galliques :
O toi, cher Duponchel, que ton mauvais génie A doué, comme moi, d’une sotte manie,
Et qui sais, à la rime asservissant tes mots,
Emprisonner un sens dans des mètres égaux,
Admirateur zélé du pur et beau classique,
Fuis surtout, fuis toujours le style romantique ;
Ah ! fuis, il en est temps, ces vers éblouissans
Où tout est pour l’éclat, où rien n’est pour le sens ; . . .
Oue le talent au moins reste national,
Laissons dans leurs marais les héros de Fingal Ressusciter encor leurs vieux titres de gloire ;
Mais n’allons pas sur nous leur donner la victoire,
Français, soyons Français, soyons indépendans...
... En vain depuis longtemps on prône l’Angleterre,
Quel auteur pourrait-elle égaler à Voltaire,
Qui pourrait à Rousseau préférer Richardson,
Shakespeare au grand Racine, à Corneille Thomson,
A Jean Rousseau Dryden et Milton à Delille ?
Le parallèle entre eux serait trop difficile... 1
Et ainsi de suite avec une intarissable virulence... Deux ans après, en 1827, alors qu’il a déjà publié, l’année précédente, les Élégies Nationales, il flagelle encore les romantiques dans son Nouveau Genre ou le Café d'un Théâlre, — mauvaise imitation de la médiocre Coniedia Nueva de Moratin, — un acte en vers qu’il n’acheva pas, et que terminera plus tard Arthus Fleury (12). Il y a repris l’apologie des classiques français, que Moratin opposaità Caldéron,et, dans son prologue, il ridiculise à souhait les procédés des novateurs :
La pièce de ce soir sera, sur ma parole,
Un triomphe complet pour la nouvelle école,
Rien pour cela n’y manque : effets, atrocités,
Contrastes, changemens, mépris des unités,
Une exécution ; trois ou quatre tempêtes,
Quelques assassinats, des danses et des fêtes...
Certes il est permis de sourire à ces diatribes d’adolescent, de n’y voir que langage d’infidèle que n’a point touché