Lettre inédite. Collect. Henri Houssaye
deux journaux envers lesquels je me suis engagé et qui m’ont fait des avances, et un éditeur, outre le mien, avec qui je commençais un livre, dont j’ai en partie livré la copie. Ces relations reprises m’ôteront toute inquiétude et me permettront de voir ce dont je dois m’occuper d’abord. Une partie inédite du livre de Giraud doit être publiée dans les journaux, avant de paraître en livre, ce qui m’oblige à voir les rédacteurs. [Une fois débarrassé de ces inquiétudes, je sortirai, selon le conseil d’Antony, de cette disposition à n’écrire que des impressions personnelles, qui vient de ce que je tourne dans un cercle étroit.] On me dira ce qu’il faut que j’écrive et ma santé littéraire reparaîtra, ainsi que l’autre, et vous fera le même honneur. De cette certitude du but où je tendrai, ressortira une grande satisfaction intérieure et un besoin moins grand de distraction. Soyez assez bon pour réfléchir sur tout cela et surtout aux inconvéniens qui résulteraient de l’inquiétude que je pourrais concevoir sur l’interruption de ma carrière.
« Votre bien affectionné : Gérard de Nerval. 1
« Ce 10 décembre 1853.
« Je vous prie de m’excuser auprès de ces dames de l’excentricité prolongée qui m’a fait prendre trop au sérieux la prétention des poètes à la descendance de Jupiter et d’Apollon... Cette généalogie m’est un trop grand honneur que je ne devais pas surtout me décerner à moi-même.
« Considérez aussi, je vous prie, que dans mes sorties, même libre, je n’ai rien dit de désagréable à personne et rien fait de positivement extraordinaire. On peut me tenir compte aussi d’une parfaite bienveillance et d’un désir constant d’être agréable aux personnes que je voyais. »
Puis l’inquiétude reparaît et il recommence de souffrir de la lenteur des jours.
Il se plaint de l’abandon de ses amis, des rares visites de ceux qui lui sont restés fidèles :
« Vous avez été un de mes médecins, écrit-il à Georges Bell, et je me souviens avec reconnaissance de ces tournées lointaines que nous faisions l’été dernier et où vous me gouverniez avec tant de patience et d’amitié solide. Et maintenant ne m’abandonnez pas, si longue que soit par ce temps-ci la course de Passy. J’ai à vous parler beaucoup. Ce que j’écris en ce îtioment tourne trop
1. Lettre inédite. Collccl. Henri Iluussaye. La phrase entre | citée par A. Barine.
a été
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