LE DOCTEUR ÉMILE BLANCHE
D'après une photographie cl une slaluelle appartenant à M. Jacques-Êmile Blanche.
dans un cercle restreint. Je me nourris de ma propre substance et ne me renouvelle pas... 1 »
Ne pouvoir sortir de soi-même, se renfermer dans ses souvenirs et n’écrire que de ses impressions, c’est un regret qu’il exprime souvent, comme s’il ne tenait pas de cette source le meilleur de son œuvre.
« Mon ami, pourquoi n’êtes-vous pas revenu? — écrit-il encore au même Georges Bell. — J’aurais été bien plus vite rendu à la santé. Venez donc très vite, le matin ou le soir, car je sors dans la journée, — ou écrivez-moi ; j’ai bien des choses à vous lire... 2 »
C’est toujours à Georges Bell et à Stadler, les seuls dont la constance ne se soit pas lassée en ces tristes jours, que vont ses plus pressans rappels. Les autres, les illustres, les grands occupés, comme Gautier, Houssaye et Dumas, s’habituent un peu à le considérer comme fou, effacé de la liste des êtres pensans, comme il le sera bientôt de celle des vivans. Pour préfacer le beau sonnet El Desclichado, et aussi pour annoncer la représentation de Misanthropie el Repentir , Dumas écrit, dans le Mousquetaire du 10 décembre, un article quasi-nécrologique, où il loue, de sa verve la plus aisée, « cet esprit charmant et distingué, dont l’imagination, cette folle du logis, chasse momentanément la raison... »
Gérard a lu l’article le jour même, puisqu’à la même date il écrit à Houssaye :
«Je viens de lire un article de Dumas qui annonce qu’on va monter Misanthropie. Si cela se réalise, faites-moi prévenir de ce que j’ai à faire et du jour que cela commencera. Je vais très bien maintenant, surtout depuis une quinzaine de jours, où j’ai vécu très retiré. Envoyez-moi quelqu’un de nos amis, ou venez un peu, si vous en avez le temps. Votre affectionné : Gérard de Nerval. Le 10 décembre.
« Mon livre avance. J’ai beaucoup travaillé et avec quelques retouches cela sera bien. 3 »
Quelques mois après, se rappelant l’article de Dumas, il