Lettre inédite. Collect. Henri Houssaye
G&llARD DE ISF.RVÀL.
i iposte à son distrait ami, en lui dédiant allègrement les Filles du Feu : «Voilà quelques jours, on m’a cru fou et vous avez consacré quelques-unes de vos lignes les plus charmantes à l’épitaphe de mon esprit. Voilà bien de la gloire qui m’est échue par avancement d’hoirie... »
Dans cette préface, on voit reparaître l’ illuslre Brisacier , un personnage que Gérard a successivement destiné aux emplois les plus divers. Il lui attribue d’abord le rôle principal dans sa tragi-comédie de la Forêl-N oirc , analysée par Monselet, et dont nous avons plus haut résumé l’argument. Puis il en fait le héros d’un grand roman qu’il commence à Passy, en octobre 1853. Il fait même annoncer, le 26 janvier 1854, à la quatrième page du Mousquetaire , comme devant prochainement paraître : l’ Illustre Brisacier, roman en deux volumes, par Gérard de Nerval.
On n’en entendra plus parler, et, si Gérard y pense toujours, c’est qu’il a reçu, de Dumas, une avance de soixante francs, qu’il se désole de ne pouvoir rendre. Il y fait allusion, en s’excusant de quelque avanie, échappée de son cerveau mal affermi, au cours de l’une de ses premières sorties de Passy :
« Mon cher Dumas, je vous prie de me rendre un service : c’est de ne pas insérer dans votre journal et de détruire même les plaisanteries que j’ai dictées ou écrites à votre bureau. Je ne suis ni un bouffon ni un Bru tus, et surtout j’ai à garder pure la gloire de mon nom. Vous savez à quel point j’avais pris cela en plaisanterie, puisque je vous réclamais une somme que vous m’aviez si largement rendue, ce dont j’ai, du reste, instruit tout le monde. Laissons tout cela dans l’ombre. Si maintenant vous voulez des articles sérieux, demandez-les-moi. Si vous préférez rentrer dans les soixante francs que vous m’avez avancés, Blanchevoudra bien sans doute vous les offrir. Je ne vous rendrai jamais vos bons conseils et votre exemple, qui m’ont fait ce que je suis, c’est-à-dire ce que je veux être, un prosateur et un conteur facile. 1 »
Ce souci lui demeure et reparaît encore, le 1er juin 1854 dans cette lettre à Georges Bell :
« ...Dites-/ui donc (il s’agit de Dumas) que je pense par momens à continuer les Aventures de Brisacier, d’autant plus qu’il a promis de les terminer. Qu’il ne soit pas inquiet des trois louis avancés