Aurélia, 2e partie. Derniers feuillets
regretter les heures de délire qui lui valurent cette rare maîtrise. — C’est ainsi, qu’un soir de radieuse folie, il vint déposer, au bureau du Mousquetaire, ce noir diamant, El Desdichado, que Dumas, ébloui, s’empressa d’exhiber à ses lecteurs, dans son numéro du lendemain 1 :
Je suis le ténébreux, — le veuf, — l’inconsolé,
Le prince d’Aquitaine à la tour abolie :
Ma seule éloile est morte, — et mon luth constellé Porte le Soleil noir de la Mélancolie.
Dans la nuit du tombeau, toi qui m’as consolé,
Rends-moi le Pausilippe et la mer d’Italie,
La fleur qui plaisait tant à mon cœur désolé,
Et la treille où le pampre à la rose s’allie.
Suis-je Amour ou Phébus?... Lusignan ou Biron?
Mon front est rouge encor du baiser de la reine ;
J’ai rêvé dans la grotte où nage la sirène !...
Et j’ai deux fois vainqueur traversé l’Achéron,
Modulant tour à tour sur la lyre d’Orphée Les soupirs de la sainte et les cris de la fée.
Enfin, n’est-ce pas aussi dans les mirages de son délire qu’il a contemplé les visions d 'Arlhémise (79), les mêmes qui tantôt peupleront le Rêve et la Vie, fantômes aperçus dans l’extase des Initiés, ou spectres jaillis des kabales de l’Orient, — l’âme transmigrée aux multiples avatars, la déesse Isis ou la Vierge chrétienne, la reine de Saba ou la Morle, — Aurélia toujours :
La treizième revient, c’est encor la première ;
Et c’est toujours la seule, — ou c’est le seul moment :
Car es-tu reine, ô toi ! la première ou dernière?
Es-tu roi, toi le seul ou le dernier amant?
Aimez qui vous aima du berceau dans la bière,
Celle que j’aimais seul m’aime encor tendrement :
C’est la mort — ou la morte... O délice ! ô tourment 1 La rose qu’elle tient, c’est la Rose Irémière.