‹ Gérard de Nerval, le poète, l'hommeChapitre 147 sur 229 · Aurélia, 2e partie. Derniers feuillets · texte numérisé non relu

Aurélia, 2e partie. Derniers feuillets

regretter les heures de délire qui lui valurent cette rare maîtrise. — C’est ainsi, qu’un soir de radieuse folie, il vint déposer, au bureau du Mousquetaire, ce noir diamant, El Desdichado, que Dumas, ébloui, s’empressa d’exhiber à ses lecteurs, dans son numéro du lendemain 1 :

Je suis le ténébreux, — le veuf, — l’inconsolé,

Le prince d’Aquitaine à la tour abolie :

Ma seule éloile est morte, — et mon luth constellé Porte le Soleil noir de la Mélancolie.

Dans la nuit du tombeau, toi qui m’as consolé,

Rends-moi le Pausilippe et la mer d’Italie,

La fleur qui plaisait tant à mon cœur désolé,

Et la treille où le pampre à la rose s’allie.

Suis-je Amour ou Phébus?... Lusignan ou Biron?

Mon front est rouge encor du baiser de la reine ;

J’ai rêvé dans la grotte où nage la sirène !...

Et j’ai deux fois vainqueur traversé l’Achéron,

Modulant tour à tour sur la lyre d’Orphée Les soupirs de la sainte et les cris de la fée.

Enfin, n’est-ce pas aussi dans les mirages de son délire qu’il a contemplé les visions d 'Arlhémise (79), les mêmes qui tantôt peupleront le Rêve et la Vie, fantômes aperçus dans l’extase des Initiés, ou spectres jaillis des kabales de l’Orient, — l’âme transmigrée aux multiples avatars, la déesse Isis ou la Vierge chrétienne, la reine de Saba ou la Morle, — Aurélia toujours :

La treizième revient, c’est encor la première ;

Et c’est toujours la seule, — ou c’est le seul moment :

Car es-tu reine, ô toi ! la première ou dernière?

Es-tu roi, toi le seul ou le dernier amant?

Aimez qui vous aima du berceau dans la bière,

Celle que j’aimais seul m’aime encor tendrement :

C’est la mort — ou la morte... O délice ! ô tourment 1 La rose qu’elle tient, c’est la Rose Irémière.

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