PORTRAIT GRAVÉ EN TÊTE DE LA NOTICE d’eUG. DE MIRECOURT
LE DERNIER VOYAGE
le Gérard des derniers jours, le front dénudé, les traits amollis, des poches aux paupières, vieux avant l’âge; mais la physionomie s’éclaire de l’étincelle des yeux gris, — « ces yeux lointains comme des étoiles », a dit Paul de Saint- Victor, et qui surprennent maintenant par une fixité inquiétante. Faut-il en rapprocher la caricature que le même Nadar a dessinée pour son Panthéon charivaresque ? C’est le poète crotté qu’a vu Maxime du Camp, le « petit homme inculte et dépenaillé », dont le pardessus est jeté négligemment sur les épaules, les manches pendantes. L’embonpoint l’a alourdi ; la figure s’anime du sourire de l’humoriste méditant une mystification. D’autres portraits du même temps n’ajouteraient rien à cette iconographie. Dès 1848, il ne demeurait trace de l’élégance d’antan. Monselet, qui l’a rencontré aux bureaux de l’Artiste , nous dit sa déconvenue : il avait imaginé, « sur la foi de son nom, quelque jeune cavalier mystérieux et pâle! » Il dut en rabattre, du moins au premier abord, en voyant « un être modeste jusqu’à l’humilité, vêtu d’une redingote à petits boutons, la vue basse, les cheveux rares, rappelant assez les professeurs des collèges départementaux 1 ».
Mais qui nous restituera les traits de Gérard jeune, ce visage apollinien, ce noble front, au-dessus duquel de fins cheveux bouclés voltigeaient comme une flamme dorée? ou encore la figure de l’aède de 1840, aux traits émaciés, dont la distinction faisait songer à un portrait de Van Dyck 2? Nous possédons bien le médaillon de Jehan du Seigneur, mais ce froid profil de médaille appelle le complément du portrait peint ou gravé. Vainement l’avons-nous cherché et sans doute il n’en existe point : celui qui prenait tant de peine à dissimuler son nom n’a-t-il pas apporté le même soin à cacher son visage? Il faut donc y suppléerai] moyen des silhouettes littéraires que ses amis nous ont laissées : or elles sont si gracieuses que notre regret s’avive de ne pouvoir évoquer le modèle sous les couleurs de la vie.
« Il avait le visage d’un blanc rosé, — dit, le premier, Théophile Gautier, — animé d’yeux gris où l’esprit mettait son étincelle dans une douceur inaltérable. Son front, que lais-