Lettre publ. dans la Presse, 24 septembre
GKIIARD DK NKIIVAL.
six jours à peu près je vais tout à fait bien. Ce sont les sociétés nombreuses que je dois éviter surtout. Certes vous ne m’auriez pas laissé partir si vous n’aviez pensé, comme mes amis, que le mouvement, l’étude divisée et l’aspect de tant de beaux pays me remettraient tout à fait ; je me sens plein de force et de bonne volonté. Aujourd’hui je suis à Bruchsal, me dirigeant vers Stuttgard. J’ai séjourné cinq jours à Carlsruhe qui est un centre de littérature et d’art germanique qu’il ne faut pas trop dédaigner. Pour moi c’était un repos, comme le dit son nom, et j’y ai beaucoup travaillé à ma manière, m’interrompant pour voir le musée, le théâtre et même les curiosités de la foire. Rien n’est petit, même Carlsruhe et ses monumens. Dites à Antony que j’assistais à l’exécution de Ficlélio. On m’a conseillé d’aller à Ratisbonne et de faire une pointe sur Nuremberg. Si vous pouviez m’écrire ou me faire écrire poste restante à la première de ces deux villes, cela me rassurerait beaucoup sur nos amis communs. Dites donc à Ducamp 1 que le livre avance beaucoup, ce qui ne m’empêche pas d’avoir recueilli beaucoup de choses pour les articles que je dois à d’autres ; je n’envoie pas encore ce qui est fait, car il faut que je corrige d’après l’ensemble. Je m’en aperçois surtout maintenant...
« ...J’arrive à Stuttgard. Pourquoi n’ai-je pas jeté ma lettre à la poste plus tôt? c’est que je crains toujours de vous paraître bizarre. Mais au dernier moment je me relis et ne suis pas content de moi. Cela passera ou bien vous excuserez mon caractère décidément fantasque en faveur de mon amitié pour vous et de ma déférence... Si l’on peut encore apprendre quelque chose à mon âge, j’aurai reçu ici de bonnes leçons. Aussi j’arrivedéjààn’étonner personne, ce qui est beaucoup de gagné.
« Je n’ai éprouvé aucune difficulté pour les visas et l’on m’a assuré que je pourrais circuler ici comme je voudrais. Pourquoi donc me recommandait-on tant de précautions? Je n’en ai à prendre que pour conserver ma santé et elle s’améliore de plus en plus. Votre affectionné : Gérard. 2 »
De Stuttgard encore, il écrit à son père, le 12 juin :
« Mon cher papa, je t’ai écrit de Strasbourg où je me sentais encore un peu malade ; je ne t’envoie pas une lettre écrite depuis et que je n’ai pu mettre à la poste à Bruchsal ; — ici je me sens très-bien ; l’activité m’a donné des forces et je ne suis plus dans le feu de l’exploration; j’ai recueilli des notes et je commence à les
1. Maxime du Camp suivit aussi, à cette époque, un traitement à la maison de Passy.