‹ Gérard de Nerval, le poète, l'hommeChapitre 154 sur 229 · Lettre inédite. Collect. Henri Houssaye · texte numérisé non relu

Lettre inédite. Collect. Henri Houssaye

LE DERNIER VOYAGE

classer. Stuttgard a moins d’intérêt artistique que les villes que je viens de parcourir, mais on y est plus tranquille. Je commence à voyager avec économie, ce qui ne m’était pas trop arrivé dans le commencement. Cependant je n’ai pas encore trop dépensé en raison des choses que j’ai vues et de la distance où je suis. Je compte aller jusqu’à Ratisbonne et y voir le Walhalla; peut-être ferai-je une pointe jusqu’à Nuremberg ; mon itinéraire varie beaucoup selon les facilités de chemin de fer ou de bateau, et aussi selon le temps qu’il fait, car on hésite à parcourir de beaux pays quand il pleut et l’on s’arrête alors à s’occuper de l’art et de la littérature d’une grande ville. — Je voudrais bien, maintenant que je suis loin, te revoir le plus tôt possible ; l’homme est fait ainsi ; d’ailleurs je ne m’inquiète que de tes craintes et non de ta santé, meilleure que la mienne et raffermie par ta force morale et par cette bonne hygiène que je voudrais bien imiter. Que j’ai eu le cœur serré en te quittant, bien que cherchant à prendre le dessus ; mais ce n’est pas pour mon plaisir que je voyage et, si je puis arriver à ne plus m’en faire un besoin pour ma santé et mes travaux, je serai bien heureux de ne plus te donner cette inquiétude... Au reste, ceci est un voyage si dénué d’aventures et de dangers que je n’y vois qu’un but, la distraction, le besoin de m’arracher aux idées noires de la convalescence et d’en rejeter les derniers nuages.

« ...Il a paru depuis mon départ une biographie dont on t’aura parlé peut-être. Je l’ai vue à Strasbourg, on m’y traite en héros de roman et c’est plein d’exagérations bienveillantes sans doute et d’inexactitudes qui m’importent fort peu du reste, puisqu’il s’agit d’un personnage conventionnel...1 On ne peut empêcher les gens de parler, et c’est ainsi que s’écrit l’histoire, ce qui prouve que j’ai bien fait de mettre à part ma vie poétique et ma vie réelle. Adieu, mon cher papa, nous ne tarderons pas à nous revoir et j’espère que je te reviendrai plus sage...2 »

Une autre lettre, écrite de Munich au Dr Blanche, affirme une constante amélioration :

« ...Je ne travaille pas encore tant que j’avais espéré ; cependant mon esprit se rasseoit de plus en plus, et je crois que c’est là le meilleur résultat... Je suis arrivé à régulariser mes dépenses et vous ne regretterez pas de m’avoir rendu à moi-même ; c’est ainsi que j’arriverai à reprendre ma situation. Enfin rien n’est perdu et j’ai beaucoup réfléchi depuis que je vous ai quitté... 3 »

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