Lettre inédite. Collect. Henri Houssaye
LE DERNIER VOYAGE
Le même jour, il écrit au Dr Blanche :
Mon cher Émile, une bonne pensée m’a raffermi. Elle provient toujours de vous, comme tout ce qui m’arrive de bon. En relisant vos dernières lettres, j’y ai trouvé bien des motifs d’espérer et le mal n’est pas si grand que je me le fais. Que cette résolution et cette douce pensée vous arrivent dans votre jour de joie suprême. Je n’ai songé presque qu’à vous aujourd’hui et croyez bien que je m’unis du plus profond de mon cœur à votre bonheur. Ma prière ne sera pas moins vive pour être éloignée. J’ai eu tort, sans doute, de n’avoir pas eu plus de confiance ; mais l’inquiétude m’a fait passer des jours et des nuits terribles ; je me rassure en me rapprochant de vous et de nos amis ; à quoi serviraient le doute et le désespoir? c’est autre chose qu’on attend de moi. Si Dieu me continue cette consolation, j’espère encore me montrer digne de vos soins et, si douteux qu’ait été le premier emploi de ma liberté, je ne crois pas qu’il ait amené rien de trop fâcheux. J’ai dépensé beaucoup sans doute, mais je pense avoir beaucoup gagné sous d’autres rapports. Enfin tout cela s’expliquera, j’espère, pour le mieux. Il fallait que cela fût ainsi ; pardonnez-moi ce fatalisme musulman, mais croyez-moi chrétien de cœur, en ce jour surtout où l’Église est en fête pour vous. C’est pourtant une seule phrase de votre lettre reçue à Weimar qui m’a ramené à moi-même à travers mille douleurs. Elle est restée présente à mon esprit, et maintenant la confiance et la raison surnagent. Je vais m’endormir confiant, comme vous me conseilliez dernièrement de l’être. J’ai écrit à Antony des choses assez tristes; qu’il les oublie. Tout le mal vient de mes réflexions, tout le bien peut en sortir aussi. Dites, je vous prie, à votre chère mariée combien je m’unis à son bonheur. Elle si courageuse, si bonne, si préoccupée des intérêts de votre maison et de la santé de tous, c’est vraiment celle que vous deviez choisir, car elle est un second médecin affectueux et doux qui tempère et affermit votre autorité nécessaire. Faites bien mes complimens à nos amis et amies et à après-demain. — Je viens d’écrire à mon père, et cela m’a bien soulagé. Vous m’approuverez peut-être de n’avoir voulu reparaître qu’entièrement calmé et je sens plus encore aujourd’hui que cela était nécessaire.
« Votre affectionné : Gérard. Bar-le-Duc, ce 19. 1 »
Il fait montre, à l’arrivée, d’une fébrile activité ; il va immédiatement rendre compte de sa mission à la Société des Gens de lettres. Il fait écrire par Godefroy, agent de cette