‹ Gérard de Nerval, le poète, l'hommeChapitre 160 sur 229 · Lettre inédite. Collect. Henri Houssaye · texte numérisé non relu

Lettre inédite. Collect. Henri Houssaye

Société, pour s’assurer en Angleterre et en Espagne la propriété d’Aurélia , dont les deux premières feuilles sont déjà sous presse ; puis il adresse à Leipsick le premier article composé pour la Revue de Paris, en même temps qu’il engage, avec Dutacq du Pays, des pourparlers pour la cession de divers ouvrages L

Il n’en fallait pas tant pour réveiller l’émeute cérébrale dont l’imminence se déclarait davantage à chacune de ses dernières étapes d’Allemagne. Le 6 août 1854, il était ramené à Passy, en proie au plus lamentable égarement. Lui, qui jusqu’alors a opposé au sort contraire une soumise résignation, se montre irrité, méfiant, se raidit contre un régime qu’il juge désormais inefficace, où il ne voit plus qu’une arbitraire séquestration. Son délire fut-il cette fois plus violent, et dut-on, pour le maîtriser, recourir aux contraintes familières aux servans de cabanon? toujours est-il qu’un soir, une huitaine après son retour à Passy, il apparaissait chez Busquet, les traits livides, les vêtemens en désordre : « Ah ! c’est horrible, gémit-il, ils m’ont trop fait souffrir ! Voyez mes poignets, ils sont meurtris ; voyez mes pieds : les chevilles sont ankylosées... Si Blanche le savait !... On m’a torturé !... Jeme suis enfui... » Des larmes roulaient sur sa face blémie... Alors il se pencha sur l’appui de la fenêtre et, regardant la terre fixement : « Je songeais, dit-il, que, de votre sixième étage, la mort serait prompte en arrivant en bas ! L’idée m’est venue plusieurs fois de me jeter par votre fenêtre... » Busquet ajoute qu’il prit ses précautions pour qu’on ne laissât plus Gérard monter seul chez lui en son absence 1 2.

Il erra ainsi deux semaines, on ne sait où. D’après Maxime du Camp, il serait resté deux jours à Creil, dans un « bouchon » fréquenté par des ouvriers 3. Quand il revint, il était plus calme. Peut-être le vagabondage lui avaitil été, cette fois encore, bienfaisant ; mais, pour prévenir le renouvellement de pareille escapade, une consigne plus sévère présida à sa surveillance.

L’isolement, l’apaisante atmosphère de l’asile lui ont, une

1. Lettre à Godefroy, de Passy, 23 sept. 1854. Correspondance, publ. par M. J. Marsan, 1. CXXIX.

2. Alf. Busquet, Gérard de Nerval et sa mort {le Temps, 10 août 1881).

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