Max. du Camp, Souvenirs littéraires
L’AGONIE
fois de plus, rendu la raison. Ses proches sont admis à le visiter, et, le 23 septembre, il peut écrire à son cousin Évariste :
« Je vous remercie encore une fois de la visite que vous m’avez faite, il y a deux jours. Que de bonheur j’ai eu à embrasser ma bonne tante et à pouvoir causer avec elle. Je ne vous ai vu qu’un instant, mais elle a dû vous dire combien j’étais pressé de revoir mon père et reconnaissant des nouvelles que vous m’en apportiez. Si vous n’avez pu encore l’aller voir, ayez la bonté de lui transmettre le mot ci-joint, afin que, s’il est possible, j’aille le trouver demain dimanche. Il doit être inquiet de moi comme je l’étais de lui. Ma santé me semble excellente, depuis surtout que je vous ai vu, et M. Blanche, qui me permet de vous écrire, me confiera bien sans doute à un cousin germain qui est médecin comme lui. Je sais que son amitié se préoccupe avec raison de certaine exaltation qui m’est naturelle et qui tient à la vivacité de mes sentimens... »
Reparaissent ici ses inquiétudes d’affaires, le souci de ses engagemens avec les libraires :
« ...Deux imprimeries, celle de /’ Arlisle et celle de la Revue de Paris, n’attendent que mes bons à tirer pour continuer le travail, et je crains qu’on ne me fasse payer ou qu’on ne me retienne le prix de la composition... »
En tête de cette lettre, ces deux lignes de la main du Dr Blanche :
« Monsieur, je serai à Passy demain dimanche jusqu’à onze heures et demie. Je désirerais beaucoup vous parler de M. Gérard. 1 »
Mais celui-ci comprend que l’opposition du docteur rendra vaines ses instances auprès des siens : aussi adresse-t-il le même jour, 23 septembre, à la Société des Gens de lettres, une requête pour solliciter son intervention. Les termes en étaient si mesurés, les motifs invoqués étaient présentés avec tant de sagaciLé, le rappel de ce qu’il avait fait en Allemagne pour s’acquitter de sa « mission » faisait apparaître un jugement si lucide et si pondéré qu’il ne pouvait venir à l’esprit de personne de contester, à celui qui l’invoquait ainsi, son droit à la liberté :
« Vous voyez qu’il n’y a pas de temps à perdre, — concluait-il,