Lettre inédite. Collect. Henri Houssaye
après un exposé dont nous connaissons les détails, — vous qui savez mieux que tout autre que de telles affaires tiennent surtout à ce qu on sait en saisir l’occasion. Je serais replongé dans une bien triste incertitude, si, par trop de préoccupation de ma santé, on me mettait hors d’état de faire face à mes nombreux engagemens et de payer même les frais de ma maladie, ne voulant pas avoir recours à la caisse de la Société. Je vous prie donc, mon cher Monsieur, de vouloir bien envoyer à Passy un de nos commissaires pour assurer M. le docteur Blanche de l’importance des détails sur lesquels je viens d’appuyer, afin que, selon la promesse qu’il m’en a faite hier, je puisse, sans trop de travail, reprendre la direction d’affaires importantes pour mon avenir et qui ne peuvent être traitées que par moi-même...1»
Un tel plaidoyer n’avait pas besoin de l’autorité de M. Godefroy, chargé de le transmettre, pour emporter la délibération du comité : malgré la protestation de Champfleury, un procès-verbal fut rédigé en ces termes :
« Nous soussignés, amis de M. Gérard de Nerval, homme de lettres, avons l’honneur de prier M. le Dr Blanche de vouloir bien autoriser la sortie de M. Gérard de Nerval, ainsi que l’enlèvement de tout ce qui lui appartient et ce, en conformité des réglemens qui régissent la maison dont il est le directeur et le propriétaire. Paris, le 9 octobre 1854. (Signé) Godefroy, avocat. »
Jules Janin écrivit à la suite :
« Cher Monsieur, voici Gérard qui veut que je lui signe ce papier et, comme je n’ai rien à lui refuser, je signe, m’en rapportant tout à fait à ce qu’il est plus facile de faire. Je vous dis mille bonjours. 2 »
On conçoit quelle fut la stupeur de Blanche, lorsque lui fut notifiée cette délibération imprudente. Rendre Gérard à la liberté, au début de l’hiver, alors que sa fragilité mentale s’attestait, de si récentes expériences, n’était-ce pas le délaisser aux suprêmes périls? Force était cependant de s’incliner, à peine de s’exposer au grief de séquestration. Gérard met, d’ailleurs, tout en œuvre pour se montrer raisonnable et attentif à ses intérêts. Il multiplie les démarches, renoue les pourparlers avec ses éditeurs ; le 7 octobre,