‹ Gérard de Nerval, le poète, l'hommeChapitre 165 sur 229 · Lettre inédite. Collcct. Henri Houssaye · texte numérisé non relu

Lettre inédite. Collcct. Henri Houssaye

L’AGONIE

La tante Labrunie, qui habitait avec son fils, vint le dimanche suivant et se déclara prête à se charger de son neveu. Le Dr Blanche lui en fit prendre à deux reprises l’engagement écrit :

« Monsieur le docteur, — écrit Mme Labrunie, le 17 octobre, — d’après ce que vous m’avez dit dimanche, en présence de M. Dufaux, je vous prie de me confier mon neveu, Gérard Labrunie de Nerval. Veuillez avoir l’obligeance de lui dire de se tenir prêt pour jeudi, onze heures. J’irai le chercher. Recevez, Monsieur, les salutations empressées de votre dévouée servante : Veuve Labrunie. x

« P. S. Je vous prie de garder ses meubles encore quelques jours.»

A l’heure dite, la bonne tante vint prendre Gérard à Passy, non sans avoir signé cette dernière décharge au Dr Blanche :

« Monsieur, je vous prie de me remettre mon neveu M. Gérard Labrunie de Nerval ; je m’engage à le recevoir chez moi, jusqu’à ce qu’il ait trouvé un logement. Passy, le 19 octobre 1854. — Veuve Labrunie, 54, rue de Rambuteau. 2 »

Pouvait-il ne pas se montrer méfiant, lui, le médecin de l’esprit, donner 1 ’exeal, d’un cœur léger, au malade, qui, l’ avant-veille encore, lui écrivait la lettre la plus insensée, celle qui, de toute la correspondance de Gérard, trahit le plus nettement le désordre mental (83) ?

Ce fut, en réalité, dans l’état le plus précaire et dans les conditions les moins rassurantes que Gérard abandonna la maison de Passy pour reparaître une dernière fois parmi les hommes :

« Mon cher Janin, — écrivait-il, aussitôt libre, — merci. Je suis sorti avec les honneurs de la guerre, mais non avec armes et bagages, comme on disait à Sainte-Pélagie. On m’a gardé provisoirement mes meubles, mais il paraît qu’il le fallait. Je vais donner une représentation à mon petit benef à la Porte-Saint- Martin. Comme vous m’avez tiré de peine, je me fais le plaisir de vous donner ceci à lire. Je vous apporterai la première partie qui paraît le 15 et les Filles du Feu, que diverses circonstances m’ont empêché de vous donner. 3 »

Page 1