‹ Gérard de Nerval, le poète, l'hommeChapitre 167 sur 229 · Lettre inédite. Collect. Henri Houssaye · texte numérisé non relu

Lettre inédite. Collect. Henri Houssaye

L’AGONIE

Toutes vous envoient leurs amitiés, auxquelles je joins les miennes avec l’assurance de mon sincère dévouement. E. Blanche, Passy, 9 novembre 1854. 1 »

La maladie de sa tante a rejeté Gérard à la vie errante et aux nuits vagabondes. Il a bien loué une chambre, rue des Bons-Enfans, à l’hôtel de Normandie, mais il n’y paraît guère, et l’on ne sait plus où il loge, ni quels gîtes de rencontre abritent son existence incertaine. Depuis longtemps sans doute ces divagations de noctambule lui sont familières : que de fois, l’heure passée, au temps de ses anciens domiciles, lui arrivait-il, pour le plaisir d’errer ou de rêver, ou seulement par crainte d’éveiller son concierge, de ne pas rentrer chez lui, témoignant, à sa manière, de son respect de l’ordre et de la discipline ! Maintenant il ne redoute plus que le « pipelet » des autres, et c’est à des heures décentes qu’il lui arrive encore d’aller demander un gîte à ses amis, à Georges Bell, à Busquet, ou à Théophile, chez lequel il trouve un divan toujours prêt et un tapis pour s’y pelotonner. Mais le plus souvent il s’égare dans le Paris interlope d’après minuit et s’attarde aux établissemens nocturnes, en des promiscuités équivoques. Puis, quand les bouges eux-mêmes se sont fermés, que le dernier passant a disparu de la rue déserte, il va rôder dans les carrières, au milieu des vagabonds et des escarpes, dont il envie l’insoumise et libre existence ; ou bien encore, à l’aube naissante, il explore les banlieues où le hasard de sa divagation le fait échouer en quelque chambre d’auberge, ou au violon d’un poste de police.

C’est ainsi qu’il a noté, l’an dernier, ses Nuits d’octobre, que maintenant il rêve ses Promenades et Souvenirs. Ce sont les impressions du dernier pèlerinage au milieu de ses sites préférés, les forêts et les collines bleuâtres de l’Ilede-France. De blondes figures, évoquées de la cour des Valois ou des Stuart, lui sourient encore des balcons dorés de Saint-Germain. Puis le mal du souvenir le ramène invinciblement aux solitudes bénies de ses premiers rêves : Ermenonville, Chaâlis, Mortefontaine.

Il n’appartient déjà plus à ce monde : l’apercevez-vous encore? Ombre fantasque et douloureuse, esprit errant, déjà

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