‹ Gérard de Nerval, le poète, l'hommeChapitre 177 sur 229 · Maxime du Camp, Souvenirs littéraires · texte numérisé non relu

Maxime du Camp, Souvenirs littéraires

2. Arsène Houssaye, Gérard de Nerval, Souvenirs d’anlan(lc Livre, 1883).

tombé dans quelque guet-apens?... Chacun rassemblait ses souvenirs : qui donc l’avait vu le dernier?

Arsène Houssaye, distrait par le deuil récent de sa jeune femme, ne l’avait pas revu depuis les funérailles. Aux derniers jours de l’automne, il l’avait attiré en sa maison de Beaujon, où Mme Houssaye, qui avait pour Gérard une affection toute fraternelle, lui avait préparé un aimable logis, dans un pavillon. Mais on ne put le retenir longtemps : malgré la cordialité de ses hôtes, sa délicatesse s’effarouchait d’un séjour abusif, et il ne se sentait jamais là tout à fait chez lui... Houssaye ne le revit, et ce fut pour la dernière fois, qu’au lit de mort de sa femme. Il ne pouvait oublier l’émotion de Gérard devant le cercueil : — « Elle est partie ! » — lamentait celui-ci d’un ineffable accent, après avoir baisé la main glacée 1. Et, de toutes les douleurs qui gémissaient autour de lui, c’était cette douleur d’ami dont l’angoisse était la plus pénétrante, qui avait apporté à Houssaye l’écho le plus intime à son propre désespoir. Gérard suivit le corps jusqu’au cimetière, le front courbé, traversé peut-être du pressentiment que bientôt il serait lui-même conduit là où il accompagnait cette jeune morte.

Le Dr Blanche relut, avec des larmes, la lettre qui, le 2 janvier 1855, lui avait porté les derniers souhaits de Gérard :

« Permettez-moi de vous écrire et de vous adresser mes vœux bien sincères pour votre bonheur et celui des personnes que vous aimez. Rien ne m’attriste comme de penser que vous pourriez m’en vouloir encore de l’irritation maladive que j’avais conservée, sortant de chez vous... Concevez seulement combien le désir de ne pas abandonner ma carrière littéraire a dû me donner d’impatience, et j’espère que vous vous réjouirez en pensant que de toutes manières je vois juste aujourd’hui. — J’ai appris que vous aviez tous les bonheurs et que votre mariage vous donnait encore une espérance à laquelle j’avais songé en vous écrivant de Leipsik. Ayez la bonté de transmettre à votre femme mes vœux et félicitations. Je vous prie de me rappeler au souvenir de votre mère et de Mme Emmanuel et de les assurer de tout mon dévouement et de tout mon respect. — Donnez, je vous prie, de mes nouvelles à Antony, et à Emmanuel, ainsi qu’à nos autres amis. Je me sens bien et je travaille, espérant que cela aura

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