Philibert Audebrand, Petits mémoires du XIXe siècle
de tout, tu auras ta place clans mon Olympe, comme j’ai. ma place dans ta maison. Ne m’attends pas ce soir, car la nuit sera noire et blanche. 1 »
Le matin, il écrivait à un ami de venir le réclamer au poste de police du Châtelet. Cet ami était un de ses camarades de noctambulisme, qu’il choisissait, sans grand discernement, et dont tout le mérite consistait sans doute à savoir l’écouter : il s’appelait Louis Legrand, était commissionnaire en exportation, passage Vero-Dodat. Dans le Mousquetaire, Dumas parle d’un nommé Millot, demeurant rue de Richelieu, 41, dont Gérard se serait réclamé au poste de police. Houssaye a raconté l’épisode dans son article de Paris qui s'en va : Gérard avait passé la nuit dans un cabaret des Halles pour achever un Paris la nuit, que lui avait commandé la Revue de Paris 2, ou V Illustration, suivant la relation de Rusquet 3. Il rêvait de Gringoire et de tableaux nocturnes du vieux Paris, lorsque éclata une rixe entre escarpes : une razzia de police fit place nette et conduisit la bande au violon. Gérard, interpellé, avait décliné ses qualités. — « Que faites-vous ici? lui demanda le sergent. — Je pense», répondit-il. On crut qu’il se moquait, et, après l’avoir fouillé, on lui objecta qu’il était sans ressources. — « C’est vrai, mais j’ai réglé le café que je viens de prendre. — Qu’importe ! vous irez au violon», conclut le sergent. Il y avait achevé la nuit et fini par s’endormir, malgré le froid. — « Mais, mon pauvre Gérard, lui dit Legrand, vous êtes gelé... — Non, répondit-il, mais j’ai faim ! — Eh ! bien, nous allons déjeuner ; voulez-vous venir à la maison? — Oh ! non, je ne veux pas aller de ce côté. J’irai ce soir entre chien et loup. Comprenez : j’ai mis mon manteau au Mont-de-Piété. » Chemin faisant, il raconta les incidens de la nuit : « Avec nous, dit-il, il y avait trois enfans : l’un d’eux s’est endormi en chantant une vieille chanson. Je voulais écrire à Théophile et à Houssaye, mais ils sont déjà venus à pareille aventure... — Voyez-vous toujours votre père? — Oui, je dîne avec lui tous les jeudis. — Pourquoi avez-vous engagé votre manteau? — Par