‹ Gérard de Nerval, le poète, l'hommeChapitre 182 sur 229 · Arsène Houssaye, Paris qui s’en va · texte numérisé non relu

Arsène Houssaye, Paris qui s’en va

3. Alfred Busquet, le Temps, 10 août 1881. On sait que ce travail était destiné à l’éditeur Lecou.

esprit d’ordre : il faisait si beau, il y a huit jours, que je croyais le printemps revenu. Et puis le Mont-de-Piété garde si bien les habits d’hiver !... J’irai voir mon père ce soir ; ne vous inquiétez pas de moi. J’ai de l’argent -à toucher chez les libraires et dans les journaux. » Ils entrèrent dans un restaurant de la rue des Prouvaires. Gérard, d’abord assez joyeux, retomba bientôt dans ses sombres pensées ; le Rêve el la Vie lui revenait à l’esprit : « Je suis désolé, ditil. Me voilà aventuré dans une idée où je me perds. Je passe des heures entières à me retrouver. Je n’en finirai jamais... Croyez-vous que je puisse écrire à peine deux lignes par jour, tant les ténèbres m’envahissent? Or le commencement a paru dans la Revue de Paris. Si je ne continue pas, on va dire encore que je suis fou... » Après le déjeuner, Gérard accompagna son ami jusqu’au passage Vero-Dodat : Legrand avait pu lui faire accepter une pièce de cinq francs. Ils se séparèrent, le poète pour entrer dans un café du passage, l’ami pour regagner sa demeure. Mais à peine celui-ci avaitil fait quelques pas qu’une idée subite, peut-être quelque pressentiment, le fit retourner vers Gérard ; il le supplia de venir chez lui, puis, ne pouvant l’y décider, essaya de lui faire accepter quelque argent de plus. « Non, dit Gérard, vous m’avez prêté cent sous : c’est plus qu’il me faut pour attendre... 1 »

Alfred Busquet introduit dans le même récit certaines particularités qui tendraient à fortifier l’hypothèse d’un meurtre 2.

Rappelant les stations de Gérard au divan Le Pelletier et les entretiens dont Paris la nuit faisait le principal objet, il revient sur la documentation réelle et les expériences auxquelles recourait l’auteur, ne dédaignant pas de visiter les pires repaires, fréquentant Paul Niquet et ses habitués, couchant à la carde, pour mieux se mêler à la vie des malandrins. Or, ceux-ci avaient fini par regarder d’un œil méfiant le « monsieur » en redingote auquel la police témoignait des égards, qu’on relâchait avec un salut lorsque d’aventure il se trouvait compris dans une rafle. De là à le considérer comme un faux frère, un mouton chargé d’un service spécial de la Rousse, il n’y avait qu’un pas. Aussi

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